Faits divers
TRIBUNAL DE CHALON - Il échappe à l'incarcération... mais se retrouve sans domicile fixe
Publié le 14 Août 2018 à 20h36
Voilà 4 ans qu’il est en couple avec, appelons-là Sylvie. Il a 22 ans, un minois tout en triangle accentué par un petit chignon comme celui de Mulan et de fines pattes à l’horizontale sur le haut de ses joues. Il est très mince, et très nerveux, ça se voit à la façon dont il est musclé, ça s’entend aussi à la lecture des faits, et quand il parle. Le 11 août dernier, une patrouille de police est appelée sur une berge de Saône à Chalon : une femme crie au secours.
La vie lacérée, frappée
Sylvie et Danny X vivaient à Tournus, mais une mesure d’expulsion du logement les jette sous une tente, et au vu de l’audience de comparution immédiate de ce lundi 13 août, on se dit que c’était sans doute un mal pour un bien. Danny frappe sa compagne quasiment depuis le début de leur relation. Il est né en 96 au Creusot. Autant le dire de suite, il dit avoir été frappé, petit, par sa mère, jusqu’à son placement en foyer. C’est un des juges assesseurs qui l’interrogera sur ce point, elle est par ailleurs juge des enfants. Si ce sont de jeunes majeurs, tout en eux respire encore l’enfance, mais une enfance lacérée à coups de bières, de shit, et parfois avec des morceaux de verre : Danny se coupe parfois légèrement les bras « pour me calmer, mais c’est pas des scarifications ».
Coups, insultes, crachats, l’argent qui part en shit, en binouzes mais aussi en consoles de jeux
Les policiers recueillent sur les berges de Saône samedi soir « une jeune femme en panique, qui pleure ». Ça faisait 15 jours que leurs voisins de tente se fadaient leurs disputes, mais là ce n’était plus tenable, il l’a rouée de coups alors qu’elle était au sol. Sylvie dit qu’il menaçait de la tuer et de s’en prendre à sa famille. Danny offre alors aux policiers un échantillon de ce qu’il fait « pour me calmer » : il se frappe lui-même la joue, sa lèvre en saigne. Sylvie raconte un calvaire. Des coups, des insultes, des crachats, son argent (elle perçoit le RSA, il est trop jeune pour y prétendre) qui passe en shit, en binouzes mais aussi en consoles de jeux, « j’ai encore les factures », dit-elle à la barre.
Coups dans le ventre jusqu’à en vomir – « Je ne suis pas là pour discuter », dit-il
Danny se tient sur ses gardes, et renvoie au tribunal coup pour question : « J’avais bu, j’en ai marre de faire les poubelles pour manger. On n’est pas fait pour être ensemble, elle m’a énervé et c’est parti de là. » Pour son malheur, Sylvie semble l’énerver souvent : coups dans le ventre jusqu’à en vomir, trauma crânien, bras cassé. Elle avait pris « l’habitude de se recroqueviller, de fermer les yeux et les oreilles, et d’attendre qu’il s’arrête », dit la présidente Caporali, qui tâche de confronter le jeune homme à son comportement et à ses actes, mais il est en posture défensive, circule y à rien à voir : « Non ce n’est pas normal mais ce qui est fait est fait », « de toute façon c’est la parole d’une femme contre celle d’un homme, la femme gagnera toujours », « elle a eu ce qu’elle voulait, m’envoyer en prison, moi je suis là pour assumer, pas pour discuter ».
De la haine, et « chacun sa responsabilité »
« Pourquoi vous n’êtes pas parti, puisque vous dites que ça n’allait pas entre vous ? – Parce qu’elle a foutu la mouise entre moi et ma famille, j’irais où ? » Il ne voit pas de psy, parce que « je n’en ai pas les moyens », il ne fait pas de sport pour se défouler, « parce que comment je ferais pour payer ». La course à pied ne coûte guère, lui objecte la présidente, ça l’agace. Il dit que « chacun a sa responsabilité », que le bras de Sylvie « a cassé » parce qu’elle l’avait mis entre elle et lui, qu’elle était allée se fracasser contre un mur, et que ça a fait le trauma crânien, bref, il ne cesse de la charger, on sent le ressentiment pour ne pas dire une forme de haine, lorsqu’elle est à la barre.
« Le chien prenait aussi », « il est extrêmement projectif », et dangereux
« Et toi, arrête de rigoler. Vous pouvez l’enlever d’en face de moi, s’il vous plaît ? » Elle ne rigole guère cependant, et pleure en évoquant ces 4 années passées à dissimuler ou à justifier les traces des sévices subis. Aline Saenz-Cobo, vice-procureur, rappelle au tribunal que « le chien prenait aussi, pas seulement madame », « désinvolture, dangerosité », « il est extrêmement projectif, tout est de la faute de madame, il est incapable de prendre ses responsabilités », « déni », « la violence contre lui-même, c’est son problème, la violence contre les autres, ça nous concerne ». Elle requiert 1 an de prison dont 6 mois assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 3 ans, et son maintien en détention.
« Je pense qu’il est absolument en souffrance »
Maître Sarikan porte un autre éclairage : « il a fait l’objet de violences quand il était enfant, son image de la femme est altérée, il détruit ceux qu’il aime, et lui aussi », « contexte de misère », « je pense qu’il est absolument en souffrance ». Danny a enfoui son visage à l’intérieur de son tee-shirt, il pince ses yeux, ça craque, kleenex.
Son casier est vierge. Le tribunal le condamne à 18 mois de prison dont 12 mois assortis d’un sursis mis à l’épreuve. Obligation de travailler, de se soigner, interdiction de contact avec la victime. Renvoi sur intérêt civil en novembre. Interdiction de contact entre eux.
Déçu de ne pas être incarcéré
Le tribunal ne décerne pas de mandat de dépôt pour les 6 mois de prison ferme : « Vous ne repartirez pas en détention ce soir. – Moi je préfère les faire maintenant. – Ce n’est pas la décision du tribunal. » Danny a rendez-vous avec le juge d’application des peines le 17 septembre, s’il n’a pas changé d’avis d’ici-là, il pourra maintenir sa demande d’incarcération, mais d’ici-là qui sait, il aura trouvé un hébergement, peut-être du travail, commencé des soins. Le jeune homme est ouvertement déçu. Il est 18 heures, il est sans domicile.
Florence Saint-Arroman
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