Chalon sur Saône
Père Thierry de Marsac, un homme de foi au cœur de notre cité
Publié le 03 Mars 2020 à 19h20
Il y a eu Paris, l’océan Indien, le Congo, la Belgique, Autun, puis… Installé depuis 9 ans à Chalon-sur-Saône, le Père Thierry de Marsac ouvre sa porte à Info-chalon.com. Comment est-il devenu prêtre, comment voit-il ses missions auprès des Chalonnais ? Comment pense-t-il les questions de société dont celle, intime, du sens que l’on cherche dans nos vies ? Quelle est la vie de cet homme de foi au cœur de notre cité ?
Ouverture, sans doute ce mot vient-il à l’esprit. À l’occasion du concert donné par Laurent Voulzy dans la cathédrale Saint-Vincent, le père Thierry de Marsac, responsable de la paroisse, avait accueilli public et musiciens par quelques mots, dans ce lieu sacré, témoin de siècles de recueillements et de prières. Ouverture encore, celle du cloître fermé entre 2010 et 2019 ans pour être restauré, et dont le Père de Marsac nous fait une visite commentée avec enthousiasme. Le prêtre évoque enfin sa presque décennie chalonnaise : « 9 ans, c’est un temps précieux, essentiel pour tisser des liens de confiance et de proximité avec les personnes. On connaît les étapes de leur vie, on se réjouit avec elles de leurs bonheurs, on les aide à traverser les épreuves. C’est un temps nécessaire pour nouer des liens fraternels. »
Le concert de Laurent Voulzy : le sacré et le profane ?
Que la cathédrale Saint-Vincent ouvre ses portes à la musique profane, ou plus précisément à Laurent Voulzy et son équipe est un fait qui réjouit le Père de Marsac. Et sa rencontre avec le chanteur, lors d’un dîner, n’a fait que renforcer son sentiment : « La musique profane peut être très belle, il faut bien sûr que les paroles soient en harmonie avec ce lieu, pas nécessairement religieuses, mais porteuses de valeurs positives. La démarche de Laurent Voulzy est particulière : j’ai découvert un homme d’une générosité et d’une simplicité extrêmes. Quelques jours auparavant, il m’avait dit ceci : “Père, si vous connaissez des gens qui souhaitent assister à ce concert, mais ont peu de moyens, donnez-nous une liste, nous les inviterons.” J’ai pensé aux personnes qui préparent le repas lors de notre parcours Alpha, elles ont été très touchées et ont adoré ! Laurent Voulzy est un homme discret, poli, qui est dans une quête de tout ce qui nous élève ; il a un goût pour le beau, que ce soit dans la culture ou le patrimoine. Ses chansons sont imprégnées d’une grande douceur et j’ai senti une belle alchimie avec le public. Lors du dîner, il m’a posé des questions sur mon cheminement et nous avons beaucoup échangé sur ce qui peut faire grandir l’homme en général. La culture, à maints égards, rejoint la foi. C’était une belle rencontre. »
Un cheminement parsemé de signes
« Je n’avais jamais pensé devenir prêtre », confie-t-il. Thierry de Marsac est issu d’une famille de tradition chrétienne. Ses parents souhaitaient transmettre cette culture à leurs enfants, comme tant d’autres familles catholiques : « J’étais chrétien de culture, mais pas encore de cœur, c’est-à-dire que j’étais persuadé de l’existence de Jésus, mais je ne savais pas si j’avais la foi, comme si ça ne dépassait pas le cap de la réflexion. » L’expérience spirituelle de deux amis va le toucher profondément, entre 15 et 18 ans. Emmanuel, brancardier à Lourdes, rentre un jour, méconnaissable, rayonnant : « J’ai d’abord pensé qu’il s’était fait une copine, mais ce qu’il me racontait était tout autre : il me parlait de la réalité de Dieu. Je m’étais dit que ce devait être très beau. » Quelques années plus tard, un autre ami, Patrick – un bon vivant aimant la bière et le rugby – revient d’Israël. Même transfiguration, même cause, Thierry de Marsac a du mal à reconnaître son ami dans ce jeune homme serein et respirant le bonheur. S’ensuit une période pendant laquelle Thierry de Marsac poursuit des d’études de droit à Paris, sans se défaire d’une attente : « Quand j’entrais dans une église, je pensais “Dieu, fais-moi signe”, mais j’avais l’impression de parler dans le vide. » Ce signe, il le recevra à l’âge de 23 ans : « Lors d’un passage à vide, une amie, Anne, me dit ces mots “Dieu est amour” et ces mots (citation de la Première lettre de Saint Jean) sont descendus sur moi telle une source joyeuse. J’ai marché vers une église, léger soudain, pour me confesser. Lorsque le prêtre a prononcé “Thierry, je te pardonne, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit”, à ce moment exact, j’ai été envahi d’un incroyable bien-être. C’est comme si je passais du noir et blanc à la couleur : tout ce que j’avais appris prenait corps, épaisseur, s’incarnait enfin. Je cherchais Dieu, j’ai compris qu’Il était une relation, ce bien-être indicible, c’était Sa présence. Et je comprenais du même coup à quoi servait un prêtre. » Thierry de Marsac fera son service militaire — matelot photographe — en dévorant les œuvres complètes de Saint-Exupéry, puis travaillera 5 ans et demi en tant que responsable d’une agence de travail temporaire avant d’entrer au séminaire. « L’expérience professionnelle m’a appris les réalités de la vie, des travailleurs et du monde de l’entreprise. Mais surtout, j’ai beaucoup aimé ces années, car le soutien humain était au cœur de mon travail. Je pense qu’elles m’aident à comprendre les gens aujourd’hui. »
Quelle est la formation au séminaire ?
En quoi la formation au séminaire prépare-t-elle à devenir prêtre ? Durant les 8 années qu’a duré sa formation au séminaire — 5 ans en Belgique, 2 ans à Paris, 1 an au Congo — le Père de Marsac approfondit sa formation intellectuelle. La connaissance des livres saints bien sûr, mais en y incluant la Tora et le Coran ; l’histoire de l’église bien sûr, mais plus largement aussi celle de la pensée. « La théologie ouvre une porte sur le questionnement humain : à partir de l’évangile, que peut-on dire sur la réalité humaine, le bien commun ? Comment vivre en société ? » Au-delà de la formation de l’esprit, le séminaire est également une école de la fraternité au sens où la définit le prêtre : « La fraternité, c’est apprendre à vivre avec les autres : nous cohabitions dans un même lieu où l’on apprenait à faire le ménage, se répartir les tâches, devenir autonomes et solidaires. Parce que le célibat des prêtres n’implique pas la solitude. »
De son année au Congo, en tant qu’aumônier dans une prison militaire, le Père de Marsac retient le souvenir de rencontres vraies, sans artifices : « Malgré ce lieu de misère, j’ai fait des rencontres d’une qualité incroyable ; on allait droit à l’essentiel. Un jeune homme, Gaston, que j’avais aidé à sortir de prison, vint me trouver un jour en me disant “Abbé Thierry, j’ai rêvé de vous. Vous célébriez la messe et le mot ‘confiance’ résonnait en musique”. Mon ordination, qui marque mon entrée dans la prêtrise, a eu lieu à Autun, en juillet 2007, où j’ai officié pendant 4 ans avant de venir à Chalon en 2011. »
Être curé de la paroisse : les missions
Quelles sont les missions d’un prêtre ? « Nous sommes 4 à vivre ici, à la cure : Gabriel Clause, Gilbert Lépée, François Bouchard, un jeune diacre qui sera bientôt ordonné prêtre, et moi-même. Je suis responsable de la paroisse – appelée paroisse Saint-Just de Bretenières depuis 2000 – qui regroupe 4 lieux de culte : la cathédrale Saint-Vincent, l’église Saint-Pierre, l’église Saint-Cosme et la chapelle de la Citadelle (rue Doneau), dans lesquels nous célébrons la messe, les mariages, les baptêmes… »
Mais le Père de Marsac souhaite étendre les rendez-vous avec les personnes qui, à un moment de leur vie, s’interrogent sur le sens qu’elles y cherchent. Susciter les rencontres est au cœur de ses missions.
Les jeudis du parcours Alpha
C’est au 15 rue Edgar Quinet, à la cure Saint-Vincent, que le Père de Marsac accueille qui le souhaite pour des rencontres nourries de dialogues. « Deux fois par an, le parcours Alpha propose 10 rencontres hebdomadaires les jeudis soir, de 20 h à 22 h 30 et un week-end. Ces soirées sont ouvertes à tous, croyants ou non croyants, puisque c’est l’ouverture d’esprit qui y préside. Nous commençons par un repas chaleureux, suivi d’un exposé de 30 min sur un aspect très concret de la foi, puis d’un échange libre. L’ambiance est conviviale, il s’agit avant tout de passer un bon moment tout en nourrissant notre besoin d’un retour à l’essentiel. La fraternité, les questions spirituelles nous nourrissent de l’intérieur quand, au contraire, l’aspect matériel nous vide. Aucune assiduité n’est attendue : on vient une fois, on peut revenir ou non, tout est très libre. »
Le parcours Alpha met en présence des gens très divers, chacun apportant avec lui ses propres attentes : briser la solitude, échanger sur la spiritualité, se relever après une épreuve, chercher la fraternité, ou encore préparer un mariage, un baptême : « Ceux-là veulent donner une signification aux sacrements. Ainsi, le choix de la musique ou des évangiles n’est pas plaqué, tout se fait avec du sens. »
Évangélisation ou prosélytisme ?
Les missions d’un prêtre sont-elles proches d’un prosélytisme religieux, au sens d’endoctrinement ? Selon le Père de Marsac, le temps est le facteur déterminant : « Dans le mot “prosélytisme”, il y a le non-respect de la liberté de la personne et de sa maturation. C’est très important : si l’on ne prend pas en considération le temps nécessaire à la maturation, la réflexion et le débat, alors on impose ses idées et ses dogmes. Les stades de la maturation sont essentiels. Au contraire, l’évangélisation est une proposition, c’est la présentation d’une culture devant laquelle chacun se situe librement : par exemple, lors des rendez-vous Alpha, il n’y a aucun contrôle pour savoir si une personne revient ou non, elle n’a pas à se justifier, il n’y a pas d’émargement, cela parce que la liberté de pensée est inaliénable. Ce qui est important pour moi, c’est que les gens puissent avancer, qu’ils puissent donner du sens à leur vie et se savoir aimés. Ce qui nous réjouit, ce sont les étapes de ce cheminement. Mais au fond, la foi, ça ne se commande pas. Elle sera peut-être une réponse, peut-être pas, c’est comme l’amour. »
Nathalie DUNAND
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