TRIBUNAL DE CHALON - Prise la main dans le sac à Carrefour Sud.. elle avait asséné un coup de boule à l'un des vigiles

Elle se tient à la barre, ce jeudi 18 février en fin de journée. On ne voit que ses longs cheveux rassemblés en queue de cheval. De toute façon, son visage est dissimulé par un masque.

Elle se fait convaincante lorsqu'elle explique pourquoi, le 15 décembre dernier, les agents de sécurité du magasin Carrefour Sud l'ont rattrapée avec un peu de marchandise volée.
C'est une histoire à cheval sur la débrouille et la volonté de s'en sortir. Une histoire presque banale, de ce point de vue. Il est 13h30, le 15 décembre dernier, quand un agent de sécurité affecté à la surveillance des écrans de videosurveillance du grand magasin aperçoit cette jeune fille (née en 1999) coller un petit sac de faux ongles dans son sac. Du coup l'agent de sécurité la suit dans ses déplacements et la voit chiper une pasta box, du chocolat. Elle prend enfin une cannette d'orangina et la paie, mais ne paie qu'elle.
Deux agents de sécurité la rattrapent, elle dit que les ongles et son repas sont les siens. On lui dit qu'elle doit payer ces articles, mais elle n'a pas d'argent. Alors on lui dit qu'on va appeler la police et "j'ai paniqué, je savais que ça pouvait provoquer tout mon effondrement de vie, car mon travail devait me permettre d'avoir un logement." Elle travaillait depuis 3 semaines, n'avait pas encore eu son salaire, devait loger à droite et à gauche, parce que sa situation familiale est "difficile" a plaidé maître Bourg pour elle, et du coup, bon, elle a fauché de quoi manger, et quelques faux ongles.


Les faux ongles piquent un peu, symbole par excellence dans l'enceinte judiciaire d'un superflu à des années lumière de ce qu'on appelle un besoin. Angélique Depetris y revient lors de ses réquisitions. "Un enchaînement de mauvaises décisions", car, en substance, une pasta box, soit, un orangina, c'est moyen, mais des faux ongles, !!!. Les mauvaises décisions ne s'arrêtent pas là, car sous l'effet de la panique de perdre son travail et toute perspective d'avenir immédiat stable, la gosse s'énerve, cherche à fuir par tous moyens, se saisit même d'une agrafeuse, et finit par mettre un coup de boule à un des agents de sécurité. Fracture des os propres du nez. Il demande 500 euros de dommages et intérêts.


Sa garde à vue n'est pas plus tranquille. Elle se plaint, elle ne comprend pas, dit-elle, elle n'écoute pas, tente un peu de pression ("ça n'en restera pas là"), bouscule les agents pour sortir de sa cellule. "Comment expliquez-vous votre comportement ? - Je devais reprendre le boulot, je suis devenue hystérique." Est-elle violente ? Elle dit que non. Elle a quand même cassé le nez du vigile mais son avocate plaide un moment crucial de sa vie, un chemin vers l'autonomie, mais un chemin pas soutenu par sa famille. Depuis, elle a perdu son boulot, en a retrouvé un autre, un temps partiel payé comme le sont beaucoup de petits boulots, payé au plancher, mais elle a un logement, et il n'y a aucune raison pour qu'elle récidive.


La procureur reprend une phrase lancée étourdiment à la barre, mais qui raconte quand même quelque chose de la position de la prévenue. "Je ne lui en veux pas du tout." Elle parle de l'agent de sécurité qu'elle a blessé. Elle ne lui en veut pas d'avoir fait son travail. On requiert contre elle 6 mois de prison avec sursis. Maître Bourg ne plaide pas l'état de nécessité, mais "une mauvaise décision due à une situation précaire".


Le tribunal la condamne à une peine de 3 mois de prison avec sursis. Elle devra verser 500 euros à l'agent de sécurité en réparation du préjudice qu'elle a causé.


FSA

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