Vives inquiétudes de la CGT sur l'avenir d'Industeel au Creusot

Filiale du groupe ArcelorMittal, le géant mondial de la sidérurgie, Industeel, société spécialisée dans les aciers spéciaux à haute valeur ajoutée, notamment pour le nucléaire, est mise en vente depuis la mi-novembre 2020. La CGT, qui craint pour l'avenir de l'entreprise qui compte 2300 salariés en France et en Belgique, a donné une conférence de presse au Creusot, vendredi matin, afin de faire le point sur la situation. Plus de détails avec Info Chalon.

Sans l'indiscrétion d'un syndicaliste belge, les 2300 salariés des trois sites, un premier localisé au Creusot qui compte 800 salariés, un second basé à Châteauneuf (Loire) avec environ 300 salariés et un troisième, l'ex-Fabrique de fer (ex-FAFER), qui se trouve à Charleroi, en Belgique, avec un peu plus de 1200 salariés auraient pu être mis devant le fait accompli : ArcelorMittal cherche un repreneur pour Industeel.


Les deux premiers appartenaient auparavant au groupe Creusot-Loire.


L'annonce a été confirmée par Alex Nick, PDG de la société, le vendredi 20 novembre, en comité social et économique central d'Industeel France et en comité d'entreprise d'Industeel Belgium.


L'idée a déjà été évoquée à plusieurs reprises lors des deux dernières années mais cette fois c'est sûr et «l'échéance est proche», le géant mondial s'étant donné 6 mois pour trouver un repreneur.


ArcelorMittal, qui connaît des problèmes de liquidités liés à la crise du COVID-19, a d'ailleurs mandaté la Deutche Bank pour vendre sa filiale franco-belge.


C'est à l'occasion d'une conférence de presse, vendredi 19 mars, en fin de matinée, à la Maison des Syndicats du Creusot que la CGT a tenu à nous informer «avec solennité et gravité» sur la situation concernant ce projet de cession et ventes de l'intégralité des 7 entreprises d'Industeel par le groupe ArcelorMittal.


«Nous vivons, depuis maintenant un an, une situation très particulière marquée par une crise sanitaire, qui au-delà des drames causés par la disparition de dizaines de milliers de personnes a aussi été une année marquante dans le domaine social. Si les entreprises du CAC 40 et les actionnaires n'ont pas beaucoup souffert, les salariés, les familles, les étudiants, les jeunes dans leur ensemble, sont et risquent dans l'avenir d'être les grands perdants de cette crise», déclare Patrick Martin, secrétaire de l'Union locale CGT du Creusot-Montchanin.


«Études à distance pour les uns, télétravail pour les autres, rupture du lien social et chômage partiel voire même suppression d'emplois, tout ceci est valable sur le plan national mais aussi au Creusot et ses environs. Toutes ou quasi-toutes les entreprises ont eu recours à la disposition. Snecma, Alstom, Industeel, pour ne parler que des grandes entreprises, sans oublier, toutes celles plus petites, restaurants et les autres corps de métier qui ont mis ou risquent de mettre la clé sous la porte. Nous profitons d'ailleurs de l'occasion pour rappeler l'importance des élections pour les TPE qui se dérouleront du 22 au 6 avril et nous appelons ces salariés à voter la CGT. C'est dans ce contexte que l'UIMM, patronat de la métallurgie, veut profiter de la négociation de la convention collective, imposer des reculs sans précédent sur les acquis des salariés», poursuit le syndicaliste Creusotin.


«Si l'UIMM arrive à ses fins, c'est un siècle de construction de droits et acquis sociaux qui constituent aujourd'hui la protection sociale des salariés qui sera mis à mal. Comme elle le dit, il s'agit bien d'une rupture sociétale qu'elle veut imposer. C'est pourquoi l'Union locale de la CGT appelle l'ensemble des salariés de la métallurgie à marquer leur refus de voir leurs acquis ainsi disparaître en débrayant dans les entreprises et en participant au rassemblement. Pour ce qui est d'Industeel et Framatome, nous avions dès le mois de janvier fait part de notre inquiétude quant à l'avenir de ces deux entreprises», prévient ce dernier, insistant sur le danger que consitue pour les deux sociétés «intimement liées» la vente envisagée d'Industeel, principal fournisseur pour Framatome et sa forge, donc pour l'avenir de la filière nucléraire.


Il évoque aussi la suppression à venir d'une centaine d'emplois par Industeel.


«C'est donc bien tout un pan industriel du Creusot qui est mis à mal! (...) Mais au-delà de ces entreprises, c'est bien tout le tissu industriel local, départemental et régional qui sera impacté si les décideurs ne prennent pas les décisions industrielles adéquates»


Notons que Framatome, qui emploie 2500 salariés en Saône-et-Loire, doit participer à la construction du futur porte-avions français à propulsion nucléaire, comme l'a annoncé le Président de la République, Emmanuel Macron, à l'occasion de sa venue au Creusot, le 8 décembre dernier. Si le site creusotin du géant mondial du nucléaire a déjà forgé des chaudières embarquées, à l'instar de celles qui équipent le porte-avions nucléaire Charles-de-Gaulle, pièce maîtresse de la Marine Nationale, ainsi que les nouveaux sous-marins à propulsion nucléaire comme le Suffren, premier sous-marin du programme Baraccuda, Framatome a exprimé son souhait d'y associer le site de Saint-Marcel qui n'était, jusqu'ici, pas habilité secret-défense.


Pour la CGT, Industeel contribue à l'indépendance de notre pays, que ce soit dans les domaines énergétiques (nucléaire, hydroélectrique) ou militaires.


Le syndicat, qui suit de près le dossier, rappelle que le CA de la filiale franco-belge a toujours été positif depuis 2010, de l'ordre de 700 millions d'euros annuel, mis à part pour 2020 où les résultats sont quasiment à l'équilibre, pénalisés par un ralentissement ou report des projets industriels de grandes envergures lié à la crise sanitaire, ainsi que par la mise en place de droits de douane américains excessifs.


«Après avoir trop peu investi durant de nombreuses années, malgré des résultats excédentaires, ArcelorMittal laisse Industeel dans une voie difficile avec des outils vieillissants et cherche aujourd'hui à le céder», dénonce la CGT qui exige de la part du groupe, une transparence sur les discussions en cours avec les repreneurs potentiels, une étude détaillée du projet ou des repreneurs par un expert, afin d'aider les salariés à juger les projets au regard de leurs exigences dont la mise en place immédiate d'une commission spéciale mixant des représentants du personnel belge et française ou l'enjeu environnemental, comme indiqué dans le communiqué daté du 11 janvier et adressé directement à de nombreuses personnalités politiques sur le plan national ou local.


Pour l'heure, comme l'indique Sébastien Gautheron, délégué de la Centrale Industeel France, la société a une commande de 60 lingots. L'année dernière, le site Creusotin d'Industeel en a produit 14. Ce dernier parle d'une «charge bien plus conséquente».


Fin février, seuls 4 lingots sont sortis du site.


«Je pense qu'à un moment, ils vont sûrement mettre le turbo», précise le délégué.


Les syndicalistes mettent également en garde sur le problème de formations des salariés et rappellent que la suppression d'emplois impacterait fortement la production et qui rendrait les objetctifs impossibles à atteindre.


À l'occasion de la Journée d'action nationale de la Métallurgie, prévue le mars 23 mars, la Fédération des Travailleurs de la Métallurgie appelle à un rassemblement devant l'entreprise Industeel, de 10 heures à 14 heures, sur l'Esplanade François Mitterand, au Creusot, face à l'Alto, suivi d'un barbecue de la solidarité et des luttes.


Étaient également présents lors de cette conférence de presse, Sébastien Ducroux, délégué CGT Framatome Le Creusot, Jean-Luc Mercier, représentant départemental de la CGT, Audrey Couturier, représentante syndicale CGT industeel, Romain Pagny, élu CSE Industeel, Émile Algaba, membre de l'UL CGT, et Oswald Le Comte, délégué syndical central Framatome Saint-Marcel et délégué syndical CGT.

 


Karim Boualline-Venegas Al Gharnati

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