TRIBUNAL DE CHALON - une femme en détresse psychologique suite à un harcèlement

« Il lui a écrit : ‘Meurs en conduisant’. On comprend qu’elle ait peur. Il est malin : il ne la frappe pas, donc pas de traces, et il présente bien. Il n’est pas trop malin pour autant, parce que ses réponses le trahissent. Il est oppressant. » Maître Marceau hausse le ton : « Il faut que ça s’arrête, maintenant ! »

A l’audience des comparutions immédiates, un homme âgé de 36 ans est jugé pour harcèlement sur son ancienne compagne. Il comparaît libre, il fut placé sous contrôle judiciaire le 24 mars dernier. La victime est présente, maître Marceau l’assiste. La prévention de harcèlement commence en 2017, s’arrête le 22 mars dernier. La chronologie de l’histoire est chaotique. Leur relation commence en 2014, un enfant naît en 2015. Ils se séparent. Elle est partie suite à une plainte que sa nièce avait déposée contre lui, pour attouchements. Mais en février 2016 il serait venu se réinstaller chez elle. Elle dit qu’il s’est imposé, il jure que pas du tout, qu’ils étaient à nouveau en couple.

Plusieurs années de harcèlement

Elle le dit « extrêmement jaloux ». Il la bombarde de messages quand elle sort, il la menace de « la cramer » et de « cramer sa maison ». En mars dernier, il a tout mis à sac, pété des trucs à coups de marteau, tout renversé, rayé les meubles, etc. Elle dépose plainte, les services de police retrouvent des mains courantes. Par exemple celle de novembre 2017 : il la menace de violences, de sévices sexuels, il lève la main sur elle sans aller au bout du geste. Ce dernier point est intéressant car il signe une personnalité suffisamment perverse pour savoir comment œuvrer à la destruction de l’autre, sans franchir une ligne qui elle, est objectivable.

« Quand je suis chez moi, j’ai peur, quand je suis dans la rue, j’ai peur »

A l’audience ça donne quoi ? La femme est en sanglots, dit au tribunal : « Je veux juste être protégée. Quand je suis chez moi, j’ai peur, quand je suis dans la rue, j’ai peur. » L’homme ne pleure pas, s’exprime bien, reconnaît avoir cassé chez elle, « une sorte de vengeance », mais parce qu’elle le harcelait, tiens donc, « tu fais des travaux dans la maison ou tu pars ». Il ne pleure pas, il dit que finalement, si elle s’est autant plainte, ces dernières années, c’était pour se couvrir elle-même : « Je pense qu’elle a eu peur qu’on lui fasse rembourser les aides de la CAF ou autre. Je ne me suis pas imposé du tout. » Il ne pleure pas, il dit calmement qu’elle a trouvé le moyen de se mettre en scène comme une femme violentée alors que pas du tout.

« Il n’éprouve aucune culpabilité »

Clémence Perreau, substitut du procureur, relève les termes d’un certificat médical datant de 2018 : « détresse psychologique ». Le rapport de l’AEM dit que monsieur « a encore beaucoup d’animosité envers madame » et qu’« il n’éprouve aucune culpabilité ». Pourquoi se sentirait-il coupable puisqu’elle raconte n’importe quoi et que c’est elle qui manipule tout le monde ? Tenez, leur enfant, qui finit par avoir peur de lui. « C’est sa mère qui… » Ben oui, sa mère parle pour elle, lui met la tête à l’envers, etc. Typique des personnalités qui ont des traits pervers et qui retournent la réalité comme on retournerait une chaussette : Vous voyez ? Eh bien l’envers, c’est l’endroit. La procureur requiert contre lui (3 condamnations au casier, dont dégradation, vol avec destruction, et violence sur conjoint il y a 7 ans) une peine mixte : 15 mois de prison dont 10 mois seraient assortis d’un sursis probatoire pendant 2 ans.

« Monsieur ne protège pas sa fille »

« Monsieur ne protège pas sa fille. Il clame qu’il l’aime mais il est un mauvais père » plaide maître Marceau pour la victime. L’avocat développe son propos : le père qui cherche à détruire la mère de l’enfant, n’aime pas l’enfant, au fond. « Monsieur est quelqu’un qui cherche à s’approprier une personne comme si c’était un objet, parce qu’il pense au fond de lui qu’il a tous les droits. » C’est typique aussi de ces personnalités : on fait mine d’adhérer, mais il n’en est rien, c’est juste pour manipuler (les règles, les policiers, les juges, les avocats, etc.) « Insidieux », dit l’avocat. Depuis avril 2018 il vit à quelques kilomètres de son ex… il rôde dans sa rue, il escalade son portail, il s’introduit chez elle, il lui pique son courrier.

Le prévenu a la parole pour se défendre, il n’a pas pris d’avocat. Il répète qu’il n’est pas la cause de l’état de son ex-conjointe. Il ajoute que « si, j’ai regretté bien sûr ». Revient sur son enfant, point névralgique. En avril 2019, le juge aux affaires familiales a confié la garde de l’enfant et l’autorité parentale exclusivement à la mère qui cependant cédait aux intrusions et diktats du père, « par peur ».

Coupable et entièrement responsable des dommages

Le tribunal déclare cet homme coupable et le condamne à une peine 15 mois de prison dont 10 mois sont assortis d’un sursis probatoire pendant 2 ans, avec interdiction de contact avec madame, interdiction de paraître à son domicile mais aussi dans sa rue. Obligation de soins et d’indemniser la victime. Les 5 mois ferme sont aménagés en détention à domicile sous surveillance électronique. Le cadre du sursis probatoire est opérant immédiatement.
Le tribunal le déclare entièrement responsable des dommages subis par son ex-conjointe. Il devra lui verser des indemnités, ainsi qu’à leur enfant.

FSA

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