Bresse Chalonnaise
TRIBUNAL DE CHALON - Victime de tirs, il garde une balle « près du cœur » et ça le mine
Par Florence SAINT-ARROMAN
Publié le 19 Mai 2025 à 19h32
« De mon vouloir, dit-il, j’ai voulu lui donner des cigarettes. » A qui ? A son ex. Quand ? Le 14 mai. A quelle heure ? A minuit. Où ? A Sagy. L’homme est jugé ce 19 mai pour des violences sur l’ex, sur les gendarmes, avec insultes et menaces de mort à la pelle.
Le prévenu est né en 1992. Il vit en Bresse, mais pas à Sagy. Ça tombe bien car il aura l’interdiction d’y mettre les pieds pendant 2 ans. L’audience est intéressante parce que d’un côté l’homme, alcoolisé, a causé un trouble à l’ordre public, et, d’un autre côté il a une histoire, « un contexte » plaidera son avocat.
Les faits
Le 14 mai au milieu de la nuit, les gendarmes sont appelés pour un zozo qui fait du grabuge et effraie son ex, mais pas seulement car il a maille à partir avec un des voisins (il s’est jeté dessus pour se battre, ils ont roulé au sol). Moins de 20 minutes plus tard les gendarmes sont là. Ils trouvent le mis en cause dans un état d’agitation tel que tantôt il pleure, tantôt se mue en un véritable forcené, agressif et violent, distribuant insultes et menaces de mort au point qu’on appelle un second équipage. L’homme résiste à son interpellation comme un diable et il continue dans le véhicule qui doit le transporter à l’hôpital avant qu’il soit placé en garde à vue. On appelle alors le PSIG en renfort.
A l’audience le prévenu fait état des coups qu’il a reçu dans les différents affrontements. Des bleus, des contusions, des bosses à la tête. Il fait surtout état de l’angoisse que ça a déclenché en lui pour une raison qui est liée à la séparation d’avec cette femme qu’il a importunée, angoissée elle-aussi, et menacée, cette nuit-là.
Avant et après juin 2024
Ils étaient ensemble depuis janvier 2024, avec les enfants de cette femme et ça allait plutôt bien quand, en juin 2024, alors qu’il est au bal des quat’zarts (on ne sait comment ni pourquoi) avec celui qu’il considérait comme son meilleur ami, une embrouille entre eux conduit l’ami à carrément lui tirer dessus ! Une balle dans le dos, opérée, une balle pas loin du cœur, impossible à extraire.
Outre le choc de cette agression criminelle, cette balle qui reste fichée en lui, dans une zone vitale, le rend zinzin. Il travaillait, il ne peut plus travailler et il a peur, peur de mourir si jamais elle se déplaçait. Les médecins expliquent que le corps se défend et que la balle est désormais contenue dans une coque fibromateuse qui l’empêche de se balader à sa guise. Il n’empêche que le petit vélo du prévenu turbine et que ce qu’il retient de cette nuit du 14 mai, c’est qu’on s’est jeté sur lui, qu’il a pris des coups, et qu’il a eu si peur que cette balle…
Un contexte, et des faits aux effets insécurisants
Maître Ronfard plaide avec vivacité ce contexte qui a rendu son client malade, malade d’anxiété, de dépression, de difficultés. La victime elle-même témoigne (en audition) de ce que le comportement de son compagnon a changé après l’attaque à l’arme à feu. Elle a donc voulu une séparation. Le tribunal essaie de dégager l’endroit où l’homme a un comportement inadmissible. Les menaces de « brûler ta maison », par exemple, la tentative d’intrusion au domicile alors que les deux enfants dormaient et que la mère les a pris avec elles pour se réfugier dans la salle de bain. Des effets insécurisants majeurs.
La victime veut une interdiction de contact
Le prévenu ne se souvient pas de grand-chose. La procureur l’accuse de recourir à « la théorie du trou noir » pour se défausser, l’avocat en défense s’insurge car son client ne s’en sert pas pour contester des faits. Accusation gratuite, donc, pour la défense. La procureur aurait néanmoins préféré que le prévenu soit en capacité de voir les choses selon d’autres points de vue que le sien, rivé qu’il est sur son suivi psychiatrique, ses médicaments (trois différents), sa peur de mourir, sa peur de s’exposer à ce risque en allant exercer un travail peut-être déconseillé vu la balle, vu les difficultés respiratoires, vu le nodule au poumon, etc.
Maître Faure-Revillet intervient pour la victime, « en état de choc ». Malgré la séparation, actée par madame, « il l’appelle sans arrêt, veut la voir, la relance et la menace. Elle veut la tranquillité. Elle a peur pour elle et pour ses enfants. Les menaces, violences psychologiques, débouchent sur 12 jours d’ITT, madame veut une interdiction de contact. »
« Il vit avec cette balle près du cœur et l’idée, qu’elle peut se déplacer et qu’il ne se réveillera pas »
Thomas Ronfard plaide, on l’a dit, le contexte d’un homme « en souffrance ». « Il a été hospitalisé un mois (ce mois d’avril), madame est venue le voir, elle a pris de ses nouvelles. » L’avocat ne dédouane pas le prévenu, « il a eu tort, évidemment. Mais il s’est excusé dès la garde à vue, s’est excusé à l’audience aussi. Il est dans ses difficultés. Depuis juin 2024, il vit avec cette balle près du cœur et l’idée, matin, midi et nuit, qu’elle peut se déplacer et qu’il ne se réveillera pas. Il vit avec un état de stress important et une dépression importante aussi. Il a toujours travaillé, il aimait ce qu’il faisait. »
Alors voilà, des traitements médicamenteux, du pastis, la voiture de son père, et il se rend chez cette femme, « elle m’aidait pour faire les papiers administratifs », dans l’espoir de quelque chose. Mais il s’impose sans tenir compte de personne et son agressivité débaroule sur tout le monde.
La procureur a requis une peine de 12 mois dont 6 mois seraient assortis d’un sursis probatoire pendant 2 ans.
2 fois condamné – redoute d’être enfermé au même endroit que son agresseur
A son casier, deux condamnations. En 2016, pour menaces de mort et outrages à l’encontre des forces de l’ordre, et en 2020, pour conduite sous l’empire de l’alcool. Une juge assesseure, par ailleurs juge de l’application des peines, fait le lien entre cette condamnation à un stage de sensibilisation à la sécurité routière (payant), et cette arrivée en voiture, ivre au volant, le 14 mai 2025. Qu’a-t-il retenu de ce stage ? Ben, rien. Mais ? « Ben oui, mais c’était le tribunal qui m’envoyait. » Aucune provocation dans cette réponse. Juste un fait. Le tribunal ordonne, il s’exécute, et puis c’est tout.
A l’audience, il dit avoir compris que c’était trop une mauvaise idée de mélanger alcool et médocs. « Tout est tellement flou ! »
En début d’audience, l’homme a bien dit son grand malaise d’être enfermé dans le même centre pénitentiaire que celui qui hante son thorax sous la forme d’une balle, personne ne semble s’en soucier. Il est en détention provisoire depuis 4 jours.
6 mois incarcéré, puis 2 ans sous main de justice
Le tribunal le déclare coupable et va au-delà des réquisitions, le condamne à la peine de 18 mois de prison dont 12 mois sont assortis d’un sursis probatoire pendant 2 ans. Obligations de soins (addictologie et psychologie), d’indemniser les victimes (la femme, un de ses voisons, 4 gendarmes), de payer le droit fixe de procédure.
Interdiction de tout contact avec la femme, ses filles, et le voisin, interdiction de paraître à leurs domiciles, sur leurs lieux de travail ainsi que sur la commune de Sagy.
Une amende de 100 euros.
Peines complémentaires : inéligibilité pendant 5 ans, et interdiction de porter une arme, pendant 5 ans aussi.
Le tribunal ordonne son maintien en détention pour la partie ferme.
FSA
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