Chalon /autour de Chalon
TRIBUNAL DE CHALON - Agé de 23 ans, incarcéré en prison, il ne supporte plus... et demande une remise en liberté
Par Florence SAINT-ARROMAN
Publié le 02 Octobre 2025 à 18h14
Le pauvre. Ce jeune homme de 23 ans qui apparaît en visio dans la salle d’audience, ce jeudi 2 octobre, certes a commis des actes dangereux et inquiétants, mais, certes également, il souffre et ne cesse de solliciter les juges. Sans avocat aujourd’hui.
Ce jour, le tribunal doit examiner la demande qu’il a formée d’être remis en liberté. Il dit que son père va l’aider, cette fois-ci. Son père s’assurera qu’il prend son traitement. Mais voilà, il n’apporte aucun justificatif. Un homme, en âge d’être son père (mais l’est-il ? On ne sait pas) est dans la salle, demande la parole, une fois, deux fois. En vain.
Le tribunal ne tiendra pas compte de sa présence et de son intervention (intempestive, il est vrai, nul ne peut intervenir au débotté au cours d’une audience) pour rendre sa décision de rejet de la demande.
Tout cela semble, vu de l’extérieur, compliqué. Le prévenu est en détention provisoire depuis le 1er juillet dernier. Il a reconnu avoir causé des départs d’incendie, dans la cave de l’immeuble dans lequel il vivait, grande rue à Chalon, mais aussi dans le lieu d’entrepôt des poubelles, dans le couloir des communs, et aux deux containers rattachés à cet immeuble. Il a aussi causé un préjudice à un commerçant.
Le SDIS 71 était venu dire son inquiétude quand quelqu’un est pris, comme d’une pulsion ou d’une impulsion à mettre le feu. Les pompiers ne savent que trop les ravages qu’il peut causer. Le feu n’est pas contrôlable sur commande.
« Ma détention se passe super mal », « j’ai pas le moral du tout »
Ainsi, le 28 août dernier, le jeune homme est-il maintenu en détention*. Il a enfin vu un psychiatre expert devant les tribunaux qui a conclu à l’altération de son discernement. « Trouble bipolaire » non traité au printemps dernier, couplé à des addictions.
Que dit le prévenu aujourd’hui ? « Je demande ma mise en liberté parce que maintenant je prends des traitements. Et puis ma détention se passe super mal. Je me suis fait taper, insulter, menacer. J’ai pas le moral du tout. Du coup je passe ma détention dans ma cellule. Je prendrai mes traitements (sous-entendu : si je sors). »
L’administration ne se nourrit que de justificatifs en bonne et due forme
La présidente lui demande les noms des médicaments ou au moins à quoi ils servent. « Euh… Je sais plus c’est quoi. » La procureur lui demande ce qu’il ferait, s’il sortait. « Je retournerai vivre chez (mes parents ? mes grands-parents ? on n’a pas compris, ndla) , et je ferai tous les suivis et le traitement. »
Pas d’avocat, pas de justificatif, un homme présent pour lui qui n’a pas le droit d’intervenir sans autre procès, dans le débat, c’est la cata.
Il manque des places dans des structures (qui sont peut-être à créer)
D’autant que le tribunal ne cherche pas à savoir si ce qu’il dit est vrai ou pas. L’a-t-on frappé ? Menacé ? Insulté ? Vit-il reclus dans la crainte ? Si c’est vrai, il mériterait d’être aidé (l’administration le lui doit), si ce n’est pas vrai, ça serait l’indice malgré tout qu’il va bien mal. Voilà pourquoi nous écrivons que ça semble compliqué parce que pour ce prévenu comme pour plusieurs autres chaque année, il manque la prise en compte institutionnelle de son état, et des conditions de réclusion qui ne le persécutent pas. « J’ai plus le moral du tout » répète-t-il.
Sans surprise et avec quelques arguments, la procureur s’oppose à la remise en liberté de ce prévenu.
L’homme qui est présent dans la salle lance, en désespoir de cause : « Il a un appartement, s’il sort. »
La présidente lui dit que le tribunal va délibérer uniquement sur la foi des pièces dont il dispose.
Le prévenu va rester en détention. « C’est à vous de faire les démarches si vous voulez être assisté d’un avocat. » Est-il en état, en mesure, de le faire ? On se pose la question.
« Le pauvre », écrivions-nous. Avoir un peu d’empathie pour la souffrance qu’il exprime et dont on n’a aucune raison de douter (rien n’a été dit ni dans un sens ni dans un autre à l’audience) ne vient pas contrarier la nécessité de mesures de sûreté pour éviter le risque d’une récidive. A cette audience, il manquait un maillon précieux quand les prévenus sont au carrefour du droit pénal et de la psychiatrie : un avocat.
FSA
* https://www.info-chalon.com/articles/2025/03/25/98443/tribunal-de-chalon-apres-les-incendies-de-voiture-de-chalon-un-chalonnais-a-la-barre/
* https://www.info-chalon.com/articles/2025/08/28/102645/un-pyromane-chalonnais-a-l-origine-de-3-departs-de-feu-les-7-8-et-15-juin-dernier-au-tribunal/
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