Chalon sur Saône

Bientôt à Chalon, Elie Semoun déplore la confiscation certaine de la liberté d’expression…

Bientôt à Chalon, Elie Semoun déplore la confiscation certaine de la liberté d’expression…

Dans son spectacle Cactus Elie Semoun passera les travers de certains de ses contemporains à la loupe, afin qu’avec sa verve coutumière un éclairage soit mis sur des nébuleuses qui s’acoquineront avec le rire non retenu. A Chalon-sur-Saône, salle Marcel-Sembat, le vendredi 14 novembre à 20h. Interview.

Des places sont vacantes

Tarif normal : 40,00 euros, tarif réduit (étudiants, chômeurs) : 37,00 euros. Points de vente habituels

Cactus, pourquoi avoir choisi ce nom ?

«D’abord parce que je suis un amoureux des plantes, donc c’est un hommage aux plantes. Ensuite, j’avais envie de choisir un titre très simple et facile à retenir. Je me rappelle du titre du spectacle Zèbre, de Paul Mirabel ; j’avais trouvé ça très osé, parce que ça fait que l’on se pose des questions. Et puis le cactus ça pique. Si vous voyez mon spectacle, vous comprendrez pourquoi je l’ai appelé comme ça».

Qui en prend pour son grade ?

« Oh là là ! Eh bien les gens qui n’ont pas de culture, les incultes, les idiots, les racistes…Il y a un sketch, c’est le club des racistes du Val-d’Oise. Ces gens-là se réunissent et disent des horreurs. Il y a un couple d’homosexuels que je vois dans le métro et qui a un foulard du Hamas…alors que s’ils allaient dans ces pays-là, ils seraient jetés du haut des immeubles ! Il y a quelqu’un avec un handicap moteur qui s’engueule avec sa copine, un jeune homme qui veut devenir une femme, et qui l’annonce à son père qui ne comprend rien. Il y a aussi un père qui perd son enfant sur la plage…Ce sont toujours des gens bizarres, pas très fréquentables, mais très drôles. Ce sont des sujets un peu tabous«. 

Quel regard est-il souhaitable de la part du public ?

« Si le public n’a pas de second degré, je suis un homme mort ! Il faut avoir du second degré, mais vous savez, les gens qui viennent me voir depuis trente ans me connaissent, ils savent que je n’ai jamais eu peur des thèmes un peu tabous. C’est encore plus indispensable à notre époque, parce que je la trouve folle en fait. Je la trouve très moralisatrice, très donneuse de leçons ; en même temps je la trouve complètement débridée, violente, mal élevée, anxiogène. Je trouve que faire des spectacles ça me semble indispensable dans ces conditions-là ».

Avez-vous une ligne rouge à ne pas franchir dans vos interprétations, bref est-il possible de tout dire et de caricaturer ?

«On m’a souvent posé la question, et aux humoristes en général : peut-on rire de tout ? J’ai toujours dit oui, mais là, je dis non, on ne peut plus rire de tout malheureusement. Ça me rend triste. Vraiment. Ça me rend triste, sur les réseaux sociaux, à la télé, au cinéma… Là, je viens de réaliser mon film Ducobu. On m’a fait pendant deux heures des leçons de morale, en me disant : « Voilà, maintenant l’époque a changé, on ne peut pas déconner avec les enfants, avec les acteurs, avec les techniciens ». Si tu dis un mot plus haut que l’autre, ça peut faire un scandale. Vraiment, je déteste cette époque. C’est très hypocrite. L’ambiance sur les tournages, elle est telle que tout le monde se méfie de tout le monde. La scène, c’est le seul espace de liberté, donc je ne m’en prive pas ».

Entre le cinéma, la télé, la musique, les spectacles, l’écriture de livres, où vous sentez-vous le plus à l’aise ?

«Dans mon jardin (rires) ! Sur scène, évidemment, car c’est là où je suis né avec Dieudonné. Je pense que c’est le registre le plus difficile au monde, et c’est justement ça qui le rend très excitant ».

On vous connaît beaucoup moins en tant qu’auteur-chanteur…

« Ah oui, mais ça c’était il y a quelque temps. En effet, j’ai fait trois albums, je continue d’écrire des chansons, mais pour l’instant elles sont orphelines de musique ».

Aimeriez-vous émouvoir par la gravité ?

-Oui, j’aimerais bien. Après avoir fait quatre films, quatre Ducobu, j’aimerais beaucoup changer de registre. Alors, je sais bien que les gens de cinéma n’ont pas d’imagination, et ils n’iront pas chercher un Elie Semoun pour faire un rôle noir. Je le regrette vraiment amèrement ».

Vos passions du jardin et de l’apiculture vous relient-elles à l’essentiel ?

« Oui. L’apiculture, malheureusement, j’ai dû faire une croix dessus, parce qu’il y a trop de frelons asiatiques. Là je vous parle devant mon jardin, je suis à l’intérieur, et j’en vois qui passent devant moi, ils viennent bouffer les figues. C’est une saloperie, et à cause de ça j’ai arrêté d’avoir des abeilles. Autrement j’ai toujours une passion pour mon jardin ».

Ces temps-ci, et plus tard, de quoi sera-t-il question vous concernant ?

«A part le spectacle Cactus, dans un an, le 7 octobre, sortira le film Ducobu et le fantôme de Saint-Potache. C’est un film autour du thème d’halloween et des fantômes.  Entre-temps, je vais me laisser aller, on va voir, peut-être que j’aurai une actualité intéressante ? »

Crédit photo : DR                                                       Propos recueillis par Michel Poiriault

                                                                                                [email protected]                               

 

 

Elie Semoun