Chalon sur Saône
Au Monoprix de Chalon, Il vole une bière puis s’en prend aux agents de sécurité – coups et insultes à caractère racial
Par Florence SAINT-ARROMAN
Publié le 24 Février 2026 à 05h55
L’homme qui comparait ce 23 février pour avoir agressé, frappé et insulté deux vigiles du magasin Monoprix, il y a trois jours, ne nous est pas inconnu. La comparution à laquelle nous avions assisté en 2024 nous avait laissé dans le malaise.
L’article de 2024 est toujours en ligne, on met le lien sous cet article*. Ça permet de suivre une trajectoire, ce n’est pas inintéressant. L’audience de ce lundi nous apprend que, sans surprise, le prévenu, 30 ans aujourd’hui, a vu son sursis probatoire totalement révoqué, en deux fois, parce qu’il n’a pas respecté l’interdiction de paraître à Autun, incluse dans sa condamnation.
« Moi, ça me gênait »
La présidente lui demande pourquoi, alors qu’il logeait à Troyes, il revenait régulièrement à Autun. Réponse : « J’avais pas le droit de… en fait… d’aller à Autun. Moi ça me gênait. J’avais besoin d’y aller, pour me changer, manger, prendre des papiers. Alors j’y allais. » Il est convoqué ce mercredi chez le juge de l’application des peines parce qu’il n’a pas payé les jours-amendes (autre condamnation) … Et ce lundi, il est en état de récidive légale.
Les faits de ce 23 février
Vendredi dernier, il avait bu bière sur bière. Où ça ? « Dans les rues, à Chalon. » Il fait un premier passage à Monop’. Il est contrôlé par la sécurité mais n’avait rien pris. Il revient, passe en caisse sans payer la bière qui était dans sa poche. La sécurité lui reprend la bière, lui demande de sortir du magasin. Mais « deux-trois minutes plus tard » il revient encore. Un agent de sécurité attend qu’il ait passé les portiques du magasin pour lui demander une preuve d’achat. L’homme lui tend un ticket tout froissé, le temps que l’agent s’aperçoive que c’était un vieux ticket, il prend un coup dans le dos et des insultes à caractère racial.
Du coup, le collègue de cet agent vient à la rescousse et l’autre se met à le frapper, parvient à mettre l’agent de sécurité au sol. La police ne tarde pas. Bilan : un agent blessé, un autre insulté d’une façon que le prévenu qualifie aujourd’hui de « honteuse », immédiatement repris par la présidente : « Vous dites ‘honteux’, la loi française, elle, dit que c’est interdit. »
« Vous étiez ivre mort ! » dira la procureur. De fait, le prévenu dit n’avoir que peu de souvenirs. Il présentait tous les signes de l’ivresse mais a obstinément refusé que la police mesure son alcoolémie. A l’audience il s’excuse, une fois, deux fois, trois fois, dit aux vigiles qu’il ne leur en veut « pas du tout », ce qui est un comble. « Je suis conscient que c’est une maladie, dit le prévenu. – Quoi ? – La maladie alcoolique. »
« En 20 ans de métier, c’est le second incident de cette nature » dit le vigile blessé
Les victimes semblent secouées. « En 20 ans de métier, c’est le second incident de cette nature » dit le vigile blessé. « Nous on n’est pas là pour interpeller les gens, on est là pour que tout se passe au mieux. » D’autant que l’exercice de leur profession est encadré. Par exemple, ils n’ont pas le droit d’aller au contact, ce qui fait qu’ils sont davantage dans le dialogue qu’autre chose, pour le bien de tous, y compris dans l’intérêt de l’entreprise.
Même sentiment qu’en 2024 : quelque chose cloche qui conduira à la répétition
La présidente demande à l’homme qui est dans le box si par hasard, il aurait déjà eu des accès de violence dans un autre magasin. Un court silence, puis : « Je ne répondrai pas. » La juge lit la procédure. Les policiers étaient intervenus en 2023, lorsque ce même prévenu avait fait des difficultés, violentes, contre trois agents de sécurité de Carrefour. « Oui c’est vrai. J’étais complètement alcoolisé, encore plus que l’autre jour. »
En 2024, lors de son jugement pour des violences sur sa compagne, quand la juge lui demandait : « Vous avez un problème avec l’alcool ou pas ? » L’homme avait répondu : « Je sais pas… ça va me porter préjudice ou pas ? »
Son CV est le même qu’il y a deux ans : auto-entrepreneur dans « l’ingénierie », sans revenus issus de cette activité. Il perçoit le RSA, et prendra mal que la procureur dise vouloir « le mettre au travail » (psy et pro). « Moi je travaille tous les jours, madame. » Affleure alors la même pensée qu’en 2024, l’idée que cet homme a un problème qui pourrait bien relever de la psychiatrie.
La procureur rend justice au travail des vigiles
« Oui, vous l’avez traité de ‘sale africain’ et de ‘sale noir’. On n’est pas grandi avec ça !... Propager la haine parce qu’une personne a une autre couleur de peau que soi ! » La procureur y va franco, évoque la figure de Martin Luther King qui avait eu ce rêve « qu’aucun homme ne soit jugé sur la couleur de sa peau mais sur la grandeur de sa personnalité. Et c’est ce que nous allons faire, pour vous juger. »
En une phrase, la magistrate rend justice à la façon de faire des vigiles : « Monsieur X vérifiait juste le ticket de caisse… et la suite, on la connaît : on bouscule, on frappe, on injurie, alors qu’ils voulaient vous permettre, monsieur, de quitter le magasin sans vous stigmatiser ! Sans manifester que vous êtes un voleur ! »
« Qui êtes-vous, monsieur, pour faire autant de victimes ? »
Puis elle pose une question qui se posera jusqu’à ce qu’un jour… « Vous êtes condamné régulièrement depuis 12 ans. Qui êtes-vous, monsieur, pour faire autant de victimes ? » La procureur requiert une peine de 18 mois prison dont 6 mois seraient assortis d’un sursis probatoire pendant 2 ans.
La défense manque de biscuits et ne trouve à plaider que dire à un homme pas grand, qu’il est « petit » et puis « noir » parce que c’est la couleur de sa peau, ce n’est « pas une injure ». « Il aurait dit ‘sale noir’, oui, c’est une injure. » (Ce sont bien des insultes de cette nature qui figurent au dossier, ndla)
1 an de prison, incarcéré, puis 2 ans sous main de justice
Le tribunal dit le prévenu coupable, le condamne à la peine requise : 18 mois de prison dont 6 mois sont assortis d’un sursis probatoire avec obligations de soins « psy », de travailler, d’indemniser les parties civiles, interdiction de paraître au magasin Monoprix. Maintien en détention pour les 12 mois ferme.
FSA
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