Chalon /autour de Chalon
TRIBUNAL DE CHALON - 5 ans de prison ferme – violences sur ex et enfants et « haine viscérale » des gendarmes
Par Florence SAINT-ARROMAN
Publié le 20 Mars 2026 à 06h51
"La hache, elle fait 79 cm, hein. On voit sur les photos toute la violence dont peut faire preuve monsieur. Elles sont terrifiantes. On a un fou furieux qui débarque au domicile de son ex avec une hache. Toute la porte est cassée, y compris la grille de sécurité."
C'est la procureur qui parle, il est 17 heures déjà ce jeudi 19 mars. Rembobinons pour reprendre les faits et le cours de l’audience.
ll est toujours douloureux d’assister à la dégringolade d’un homme. C’est douloureux et pourtant que celui-ci est violent ! Ses actes violents, ses propos, violents. Dans la salle, ce jeudi, quatre gendarmes en tenue. Dans le box, un homme âgé de 42 ans est jugé pour 14 motifs, trois séries de faits.
Pour comprendre un peu les choses, il faut connaître quelques éléments de la vie de cet homme. Bébé, sa mère, faute de logement, le confie à sa propre sœur, laquelle va finalement soustraire l'enfant petit à petit. Celui-ci grandit, persuadé que le couple qui l'élève, c'est ses parents biologiques. Il apprend à ses 18 ans que non. Son père biologique s'est suicidé.
Il se découvre pas mal de frères et sœurs, rencontre et investit l'une d'entre elles. Elle est à l'audience, avec sa mère qui est aussi celle du prévenu. Et heureusement pour lui, à tendance suicidaire. Fragile autant que violent.
Il reconnaît tous les faits et pourtant l’audience va durer plus de 4 heures, parce que finalement ce n’est pas « un bon accusé » : il reconnaît et voudrait qu’on lui fiche la paix. Les magistrats cherchent à obtenir de lui ce qu’il ne peut pas donner : une réflexion élaborée, un savoir sur l’origine de sa détestation des gendarmes en uniforme, des regrets sincères et rédempteurs, des garanties, etc., etc.
14 décembre 2025, Brienne
L'homme s'est tailladé les veines, a envoyé une photo à sa sœur, laquelle appelle les secours. Les pompiers se précipitent mais l'homme refuse d'être transporté à l'hôpital. On appelle alors les gendarmes, en les prévenant que ça ne va pas être simple. L'homme dit "détester" les gendarmes, et il dit vrai.
Les « power ranger », « Schmitt » et autres « enc… » et « mein Kampf » et « Hitler va revenir » et… rien ne va plus. Les gendarmes le mettent au sol, le menottent dans le dos. Insultes en continu.
Mais le menottage dans le dos lui fait mal, « parce que mes épaules sont fichues », alors pendant le transport à l’hôpital de Mâcon, on le menotte devant, sous réserve qu’il se tienne tranquille. Il se tient tranquille.
Il avait beaucoup bu. Il a signé la notification de ses droits d’une croix gammée, « pour embêter ».
« Je ne voulais pas aller à l’hôpital, c’est tout. »
Un des gendarmes vient à la barre : « En 16 ans de service, j’ai rarement vu autant de haine contre les forces de l’ordre. Il m’a dit que c’était une haine viscérale. Nous on est venu en secours, mais dès qu’il nous a vus… »
« Haine viscérale » mais à aucun moment le tribunal n’interroge le prévenu sur l’origine de cette haine. Comment a-t-il grandi ? Quel discours on tenait chez lui ? Parlait-on à la gloire d’Hitler, chez ses parents « d’adoption » ?
8 février, Brienne
En gros conflit de rancœurs envers son ex-femme, mère de leurs trois enfants, et très remonté contre le nouveau compagnon, le prévenu se pointe à leur domicile. Il faut savoir que le prévenu a été condamné deux fois pour des violences sur elle, en 2022 (violences habituelles y compris sur les enfants) et en 2023. Aussi, le compagnon refuse de lui ouvrir. Qu’à cela ne tienne, il revient avec une hache, détruit la porte, entre, violente son ex, jette l’arme en direction de son fils, disent les victimes, « j’ai visé lui (compagnon de l’ex) » affirme avec constance le prévenu. Toujours est-il que ce déchaînement de violences arrose aussi son fils et sa fille, adolescents.
« Madame et ses enfants sont terrorisés, depuis des années, dira maître Joly (barreau de Villefranche). Les auditions des enfants sont bouleversantes. Monsieur parle de son enfance difficile, mais elle a quoi comme enfance, sa fille ? » Sa fille insultée, rabaissée avec une violence d’une rare intensité. « T’es pas ma fille. Pour t’avoir ta mère a fait le trottoir. »
Il dit des choses terribles, des choses définitives en apparence : « Je m’en lave les mains, de mes enfants. Leur mère me les a retirés. Je ne veux plus qu’ils aient mon nom et moi je vais changer de nom. »
L’homme est assez grand, crâne rasé, vêtements de couleurs neutres, tendance à rougir, mais il donne l’impression d’être hanté par des fantômes, ceux de ceux qui l’ont élevé en lui mentant sur ses origines et sans doute en tenant des discours bien violents eux aussi.
Parler de « nonchalance », « c’est nier ce que cet homme ressent »
Le tribunal lui reproche de sembler « nonchalant ». Faux, dira maître Amélie Veaux (barreau de Mâcon), c’est plutôt « un fatalisme, une résignation ». Parler de « nonchalance », « c’est nier ce que cet homme ressent ».
Ce qu’il ressent et dont il se défend, certainement pour ne pas s’effondrer.
Le 31 décembre, rappelle maître Veaux, il faisait une nouvelle tentative de suicide. Sa sœur fraîchement rencontrée a eu le courage de signer les papiers pour une hospitalisation d’office. A Sevrey il a reçu des injections mais à l’extérieur on lui a dit que c’était pas obligatoire alors il a laissé. Comme il avait laissé les « soins » d’ordre psychologiques à l’issue de son sursis probatoire et franchement rien à l’audience ne laisserait deviner qu’il a eu deux ans de consultations…
Le 10 février à Jouvençon – « Je n’ai jamais vu un tel niveau de violence » dit un gendarme
Un officier, membre du PSIG de Louhans, vient à la barre parler de cette intervention : « Le 8, on avait déjà été engagés sur la recherche de l’individu. On a fait deux jours de chasse à l’homme. Le 10 février, on le localise. On savait déjà qu’avec lui on allait à l’affrontement. On est intervenus à quatre sur lui, justement pour éviter de le blesser. On a dû ensuite le surveiller toute la nuit, menotté, hors cellule. »
Hors cellule, parce que lorsque quelqu’un est placé en cellule, on doit le désentraver, or…
Or le prévenu, après la scène du 8, était allé se réfugier dans une caravane sur le terrain d’un ami de la famille. « Et il consomme de l’alcool pendant 48 heures ! plaidera maître Veaux. Il n’a pas souhaité fuir, non. Il se noie dans l’alcool. Aujourd’hui vous avez quelqu’un de malade, psychiatriquement et aussi relevant de l’addictologie, pour l’alcool. Tous les faits commis l’ont été sous alcool, ça n’excuse rien mais c’est un contexte. »
Lorsque le PSIG pénètre dans la caravane, c’est pour trouver le mis en cause dans son lit, nu et saoul. Voyant les gendarmes, il lève ses bras pour attraper quelque chose au-dessus de sa tête. Un caleçon, dit-il. C’est possible mais vu ce dont il est capable, les gendarmes ne lui laissent pas le temps d’attraper quoi que ce soit.
L’homme se rebelle, on use du Taser contre lui. Puis on cherche de quoi l’habiller mais le prévenu agresse les gendarmes, coup de tête dans le casque de l’un, coup de pied dans les jambes de l’autre, il arrache une caméra-piéton, s’ouvre le front à force de frapper avec. Sans compter les insultes et les menaces de mort.
« Par rapport au précédent avec monsieur, on a pris toutes les précautions. Casque lourd, gilet lourd » témoigne un gendarme. « J’ai fait des déplacements en Outre-mer mais je n’ai jamais vu un tel niveau de violence, dit un autre gendarme. Et il ne justifie ça que par de la colère, c’est impressionnant. »
« Dépression de fond, très peu de vie sociale »
Son avocate avait sollicité une expertise psychiatrique. « Plus aucun lien avec sa famille adoptive, dépression de fond, très peu de vie sociale, trouble de la personnalité borderline, traits antisociaux et psychopathiques, méfiance à l’égard des prescriptions ». Bon. Il n’échappe pas au psychiatre que l’homme a investi sa sœur, au plus haut point, il a d’ailleurs le projet d’aller vivre chez elle. Et ils ont acheté un camion et une caravane « pour plus tard ».
Qu’on le veuille ou non, c’est touchant : la moindre promesse faite à elle, l’engage.
« Monsieur n’est centré que sur lui et sur sa pauvre enfance. Il s’en fiche, des autres ! »
Les réquisitions sont sans appel. « Alors que les gendarmes lui portent assistance, il n’a que mépris, violence et haine. Monsieur n’est centré que sur lui et sur sa pauvre enfance. Il s’en fiche, des autres ! » La procureur reprend la liste des faits et toutes les récidives… « Moi je me dis que monsieur ne comprend rien à rien. Il se fiche des condamnations. » (Ce n’est pas ce qu’il a dit, toutefois, au cours de l’audience, mais la procureur s’attache au fait que des condamnations n’ont pas empêché les récidives, ndla)
« Seuls motifs de ses passages à l’acte : la colère et l’alcool. Vous écarterez l’altération du discernement. » La procureur requiert la peine de 7 ans de prison (le prévenu ne bronche pas) suivis de 5 ans de SSJ (suivi socio-judiciaire) avec en outre des peines complémentaires.
« Une cocotte-minute »
« 7 ans, c’est une peine prononcée par une cour d’assises, plaide maître Veaux. Nous sommes devant un tribunal correctionnel. Les faits sont violents. Je défends un homme qu’on a qualifié tout l’après-midi : violent, en colère, qui a une carapace. Je ne peux pas dire l’inverse. (…) Monsieur est une cocotte-minute, qu’on a alimentée. Le rapport de fin de mesure du SPIP est bon, « tout a été respecté ». »
L’avocate plaide pour une détention à domicile chez la sœur du prévenu, « avec prudence » : une interdiction du département. Sa sœur vit du côté de Belleville.
« Il est en CDI – carrossier -, son employeur a une filiale vers Lyon, il propose d’y placer monsieur. »
« De toute façon je veux quitter le 71, dit le prévenu. Je veux vivre avec ma sœur, j’ai pas eu la chance de grandir avec elle. »
5 ans de prison puis 5 ans de SSJ, ça fait une peine de 10 ans en tout
Le tribunal, vers 18h30, dit l’homme coupable, écarte l’altération du discernement, le condamne à la peine de 5 ans de prison, puis à 5 ans de suivi socio judiciaire (3 ans de prison en cas de manquements au cadre) avec obligations de travailler, de suivre des soins psychiatriques et psychologiques et en addictologie aussi, d’indemniser les parties civiles. Interdictions de tout contact avec madame, les deux enfants et le nouveau compagnon ainsi que de paraître dans leur commune de résidence, interdiction de porter une arme.
Peines complémentaires : interdiction de porter une arme pendant 10 ans, interdiction de paraître en Saône-et-Loire pendant 5 ans, inéligibilité pendant 5 ans.
Enfin, le tribunal ordonne le retrait total de l’autorité parentale de l’homme sur ses deux enfants encore mineurs.
« Vous avez compris monsieur ?
- Oui.
- Vous allez partir en détention pour 5 ans.
- Oui. »
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