Chalon sur Saône
TRIBUNAL DE CHALON - 2 ans de prison ferme pour une journée de deal rue du Champ Gaillard
Par Florence SAINT-ARROMAN
Publié le 20 Avril 2026 à 20h33
Début mars, quelqu’un signale à la police « un nouveau point de deal », rue du Champ Gaillard à Chalon. Le 3 mars, la BAC surveille, contrôle puis interpelle un jeune homme. La locataire de l’appartement utilisé comme base, est âgée et sous curatelle renforcée mais prend de la drogue, alors voilà.
Le prévenu avait demandé, le 6 mars, un délai pour préparer sa défense : https://www.info-chalon.com/articles/2026/03/06/108390/tribunal-de-chalon-trafic-de-drogues-un-lien-entre-la-seine-saint-denis-et-chalon/ . Ce 20 avril, il est introduit dans le box par une escorte pénitentiaire. Il a 26 ans, vit en Seine Saint-Denis chez ses parents, il est sous le joug d’un sursis probatoire, déjà condamné deux fois pour des faits de trafic de stupéfiants.
Les transactions, dans la cage d’escalier de l’immeuble
Le 3 mars, les policiers constatent rapidement des passages, dont le rythme cadre bien avec celui de transactions. Les deux premiers acheteurs sont contrôlés, porteurs, l’un de 3.4 grammes de cocaïne, l’autre de 5 grammes d’héroïne et d’un de cocaïne. Ils disent contacter le vendeur via Snapchat ou Signal. Les transactions ont lieu dans la cage d’escalier de l’immeuble.
Arrestation du vendeur et perquisition dans la foulée
Dans l’après-midi, un troisième client se pointe, les policiers décident de le suivre et arrêtent le vendeur qui venait à la rencontre de son acheteur. L’homme porte sur lui 5 bonbonnes de cocaïne, un caillou d’héroïne, et 330 euros en espèces. Il est placé en garde à vue.
Perquisition de l’appartement squatté contre quelques grammes : 99 grammes d’héroïne, 65 grammes de cocaïne, une trentaine de comprimés d’ecstasy, du matériel et cinq téléphones portables.
Un point de deal actif depuis septembre 2025, les vendeurs s’y succèdent
La locataire (qui est convoquée en CRPC pour répondre de ce qu’elle a fait – les acheteurs sont poursuivis aussi ) s’épanche : elle héberge un trafic depuis septembre 2025. Le premier vendeur répondait au sobriquet de « Soso », puis il y en eu 3 autres, le dernier, qui se trouve dans le box, était là depuis 15 jours. Il doit répondre de détention, acquisition, offre ou cession et usage de stupéfiants, ainsi que du refus de donner le code de déverrouillage de son smartphone. Le tout, en récidive.
C’est lui mais c’est pas lui
Alors, il ne répond pas de grand-chose, en fait. Il était venu à Chalon, invité par un ami dont il ignore le nom et qui lui a fait faux bond. Comme il se drogue, il a demandé à « des jeunes » où il pouvait en acheter. On lui a indiqué l’appartement de la dame en lui précisant qu’elle pouvait l’héberger si besoin. « J’étais au mauvais endroit au mauvais moment » dit-il au tribunal. « La résine et la cocaïne, je les avais achetées. Le caillou d’héroïne… je pensais que c’était de la cocaïne, j’ai pas fait attention, je l’ai mis dans ma poche. » « Je n’ai jamais vendu. »
Ben voyons, répond en substance la procureur
« Cette affaire permet de voir comment les conditions des trafics ont évolué avec le temps. L’organisation est désorganisée pour éviter qu’on remonte à ceux qui dirigent. Monsieur n’est pas du coin, il vient de Paris. »
La procureur explique comment tout est fragmenté, isolé, pour éviter que ça fasse chaîne et qu’en tirant sur une extrémité tout le reste arrive. Par exemple, ceux qui apportent les drogues ne vont pas jusqu’à l’appartement. « C’est complètement déstructuré. »
L’exploitation des plus faibles, comme d’hab - « Tout est calculé. C’est prévu comme ça »
« On squatte des appartements loués par des gens vulnérables, les plus faibles. Et puis les vendeurs ne restent pas longtemps, ils se succèdent, il est plus difficile de les identifier. Ainsi les peines encourues sont moins importantes. Tout est calculé, tout. On se sert de cette chair à canon, cette chair à tribunal. Et lui (désigne le prévenu), il est un maillon de cette chaîne-là. »
« C’est prévu comme ça : qu’il ne reconnaisse pas et refuse de donner son code de déverrouillage. Mais il s’en fiche : il sera payé pour ça, pour son incarcération et peut-être pour son silence. »
La cocaïne, un produit en expansion
« Moi j’ai connu un temps, poursuit la procureur, où le gramme de cocaïne était à 60 euros. Aujourd’hui il est à 20 euros… Les jeunes achètent et ne s’en sortent pas, après ! Et pourquoi ? Pour faire la fortune des trafiquants. »
En mars 2025, le journal Le Monde publiait sur le sujet : « Une baisse inédite (du prix du gramme de la cocaïne), due à l’abondance du produit et à la concurrence entre les réseaux criminels, et qui témoigne aussi de l’augmentation du nombre de consommateurs. »
La prévention vise la journée du 3 mars, « une seule journée mais une journée de trafic ». La procureur requiert une peine de 10 mois ferme et la révocation du sursis simple prononcé en 2022, soit 6 mois de plus, une interdiction de paraître en Saône-et-Loire et le maintien en détention du prévenu.
« On veut faire porter à monsieur un costume bien trop grand pour lui »
« Il faut juger des choses à leur juste valeur, plaide maître Massard (qui porte un rabat rouge sur sa robe, signe de la grève qui se poursuit). On parle de quelques heures le 3 mars. Et le rôle de la locataire ? Il ne faut pas le minimiser. On veut faire porter à monsieur un costume bien trop grand pour lui. » L’avocate plaide en faveur d’une peine mixte.
« Vous comprendrez qu’il y a des choses que j’ai préféré ne pas voir, plutôt que d’avoir des représailles plus tard »
Le prévenu tient à répondre à la procureur qui évoquait sa « mauvaise foi » : « Je ne suis pas d’ici, je suis incarcéré avec des gens de Chalon, vous comprendrez qu’il y a des choses que j’ai préféré ne pas voir, plutôt que d’avoir des représailles plus tard. »
18 mois + 6 mois = 24 mois avec maintien en détention
Le tribunal va au-delà de la peine requise et condamne ce jeune récidiviste à la peine de 18 mois de prison ferme, révoque les 6 mois de sursis, ordonne son maintien en détention, pour 2 ans en tout, donc.
Interdiction de paraître en Saône-et-Loire, pendant 5 ans. Confiscation des scellés.
En 2025 il fut condamné à la peine de 18 mois de prison dont 6 mois sont assortis d’un sursis probatoire. La partie ferme de 12 mois était aménageable. La surpopulation carcérale posant de nombreuses difficultés, un juge de l’application des peines devait s’en occuper mais sa charge de travail met les convocations à plusieurs mois.
Résultat des courses : les 12 mois ferme risquent fort d’être mis à exécution. C’est ainsi qu’on peut arriver à 3 ans de prison ferme, avec un sursis probatoire qui reprend ses droits à la sortie.
FSA
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