Chalon sur Saône

Toujours un projet d'avance : rencontre avec Eduard Kocharyan, créateur infatigable

Par Karim BOUAKLINE-VENEGAS AL GHARNATI

Publié le 04 Mai 2026 à 07h30

Toujours un projet d'avance : rencontre avec Eduard Kocharyan, créateur infatigable

Entre mémoire et création, cet artiste engagé transforme ses mains en passerelles pour ne jamais oublier. Plus de détails avec Info Chalon.

Dans son appartement niché aux Prés Saint-Jean, Rue Édouard Benès, à Chalon-sur-Saône, Eduard Kocharyan cultive bien plus que des objets : il façonne des histoires, des symboles et des passerelles entre les cultures. 

À 76 ans, cet homme discret au regard pétillant incarne à lui seul mille vies entremêlées.

Un touche-à-tout infatigable
Difficile de résumer Eduard en un seul mot. Ingénieur mécanique de formation, ancien entrepreneur dans l'aquaculture, aujourd'hui artiste autodidacte , il est de ceux qui ne tiennent pas en place. À peine une œuvre terminée qu'une autre germe déjà dans son esprit.

Dans une pièce transformée en véritable atelier, plans, croquis et ébauches s'accumulent, témoins d'une créativité débordante.

Sa matière de prédilection ? La résine époxy, qu'il travaille avec minutie, souvent autour d'un chaleureux «sourj», ce café arménien qu'il aime partager en racontant son parcours.

Une vie entre l'Arménie et la France
Originaire d'Erevan, il y a vécu une vie bien remplie. Ingénieur mécanique dans l'automobile, il a ensuite acquis 12 hectares de terrain pour se lancer dans l'aquaculture. Une aventure entrepreneuriale réussie, allant jusqu'à exporter une partie de sa production vers la Fédération de Russie.

En 2015, il quitte avec son épouse leur grande maison de trois étages pour s'installer en France. Comme un clin d'œil du destin, il avait déjà, en 2006, construit une Tour Eiffel en métal de 2,5 mètres, qui trône toujours dans son salon en Arménie. Un symbole fort de ce lien qui allait se concrétiser quelques années plus tard.

Depuis, il s'attache à son nouveau pays, apprenant avec détermination la langue de Molière. Une belle intégration qu'il mène avec cœur, malgré l'épreuve du décès de son épouse en 2020 des suites d'une maladie. Ses enfants et petits-enfants, restés en Arménie, demeurent une présence essentielle dans sa vie quotidienne.

L'art comme mémoire et transmission
Parmi ses créations, certaines prennent une dimension profondément symbolique. Il a notamment offert un blason de notre ville réalisé de ses mains à Gilles Platret, le maire de Chalon-sur-Saône, une œuvre également présentée à la communauté arménienne à l'hôtel de ville, à la suite de la cérémonie de commémoration du génocide arménien de 1915.

Un sujet qui lui tient particulièrement à cœur. Eduard imagine aujourd'hui des projets ambitieux : une drôle de fontaine à eau et un mémorial dédiée aux 1,5 million de victimes. Au centre, un myosotis — la célèbre forget-me-not des Anglais — symbole officiel du centenaire du génocide en 2015.

Comme il l'explique avec passion, chaque couleur de cette fleur stylisée a une signification précise en Arménie : le violet pour la mémoire et le deuil, le noir en son cœur pour la souffrance et la perte, le jaune pour l'espoir et la renaissance, les cinq pétales pour les cinq continents où la diaspora arménienne s'est dispersée.

Un symbole que l'on retrouve notamment au mémorial de Tsitsernakaberd, à Erevan.

Des rêves encore plus grands
Mais l'appartement commence à devenir trop étroit pour ses ambitions. Eduard rêve d'un local, un véritable espace de création où il pourrait donner vie à des œuvres de plus grande envergure, sans craindre de déranger ses voisins.

Car malgré ses 76 ans, l'énergie est intacte. L'envie de créer, de transmettre, de bâtir du sens ne l'a jamais quitté.

Un artiste à découvrir
Aujourd'hui, Eduard propose également ses talents pour la création de logos et d'œuvres personnalisées. Une manière de continuer à vivre de sa passion tout en partageant son savoir-faire unique.

Dans le calme de son atelier, entre résine, croquis et souvenirs, il poursuit son chemin, fidèle à lui-même : celui d'un homme libre, inventif et profondément humain.

Et si, finalement, le plus beau de ses chefs-d'œuvre était cette capacité à relier les mondes ?

 

Karim Bouakline-Venegas Al Gharnati