Société

Quand l’époque oblige les soignants à afficher l’évidence

Quand l’époque oblige les soignants à afficher l’évidence

Aujourd’hui, dans certaines structures médicales, il faut désormais afficher noir sur blanc ce qui devrait relever du simple bon sens : « Sans se faire insulter », « Sans se faire agresser ».

Il fut un temps où l’on poussait la porte d’une maison médicale avec une certaine retenue. On y venait parce qu’on avait besoin d’aide, d’écoute, de soins. Les secrétaires, les infirmières, les médecins étaient là pour accueillir, orienter, rassurer.

Aujourd’hui, il faut désormais afficher noir sur blanc ce qui devrait relever du simple bon sens : « Sans se faire insulter », « Sans se faire agresser ».

Ces affiches, aperçues à l’accueil d’une maison médicale, ont quelque chose de terriblement troublant. Non pas dans leur formulation, mais parce qu’elles témoignent d’une réalité devenue suffisamment fréquente pour nécessiter un rappel officiel.

Comment en est-on arrivé là ?

Comment peut-on imaginer qu’une secrétaire médicale, premier visage que l’on rencontre en arrivant, puisse être prise pour cible parce qu’un rendez-vous n’est pas disponible immédiatement ? Comment accepter que des professionnels, dont la mission est de prendre soin des autres, soient confrontés à des insultes ou des menaces ?

Bien sûr, la maladie, la douleur, l’inquiétude ou l’attente peuvent générer du stress. Mais rien ne justifie que ceux qui consacrent leur temps à aider les autres deviennent les réceptacles de la colère ambiante. N’est-ce pas le but de l’éducation d’apprendre à contenir nos impulsions et à respecter les autres, même dans les moments difficiles ?

Au fond, ce n’est pas l’existence de ces panneaux qui interpelle. C’est le fait qu’ils aient dû être imprimés.

Car dans une maison médicale, comme partout ailleurs, le respect ne devrait pas être une consigne. Il devrait être une évidence.

Et lorsqu’une société en arrive à afficher, à l’entrée d’un lieu de soins, qu’il est interdit d’insulter ou d’agresser ceux qui nous accueillent, c’est peut-être qu’il est temps de s’interroger collectivement sur notre manière de vivre ensemble.