Varennes le Grand

TRIBUNAL DE CHALON - 10 cartes SIM et 5 mini téléphones acheminés par drone au CP de Varennes le Grand

TRIBUNAL DE CHALON - 10 cartes SIM et 5 mini téléphones acheminés par drone au CP de Varennes le Grand

Le tribunal fut inflexible. Cela suffira-t-il à satisfaire les esprits qui font commerce d’un supposé laxisme et que leur ignorance, réelle ou feinte, des réalités, pousse à proférer toutes les âneries possibles ?

 Un jeune homme a été condamné hier 29 juin, à la peine de 2 ans de prison avec maintien en détention pour détention de drogues et recel de cartes SIM et de mini téléphones dans sa cellule.

Il a 19 ans et un parcours tragique. Résultat, provisoire, on l’espère, un garçon blessé et rétif qui finalement a appris à ses dépens que la justice sociale reste une blague et que si t’as pas de bol, ça sera plus dur pour toi. Ça ne fait pas de lui un ange, non, mais heureusement que son avocate a pu dire deux-trois bricoles. Pousser quelqu’un à désespérer de l’humanité n’est jamais un bon placement (et le mot « placement » a du poids dans nos sociétés).

On a interrogé l’administration pénitentiaire sur le sujet « la drogue en prison », on attend son retour. La gestion des milieux carcéraux n’est pas une mince affaire, et elle connaît aussi ses limites budgétaires. On devait construire des prisons et puis finalement…* 
Trop de déclarations politiques fatiguent intensément. Il est si facile d’aller exciter les gens en jouant sur leurs peurs et/ou leur besoin de jouer les gros bras, sans être engagé, au sens fort du terme, en quoi que ce soit. Les esprits faibles s’engouffrent dans ces tunnels, ça fait appel d’air et ça brasse mais ça n’est pas sans conséquence sur l’exercice des vies professionnelles de chacun, et ça n’est pas sans conséquence sur ceux qui vont devoir en subir les effets.

L’audience de comparution immédiate du 29 juin

Le 13 avril dernier (audience du 23 avril renvoyée en juin), vers 4 heures du matin, des surveillants constatent que deux drones survolent le centre pénitentiaire et alertent le centre opérationnel de la gendarmerie. Vers 6 heures du matin, un autre survol et cette fois-ci les surveillants identifient plusieurs cellules destinataires de ces envois. Parmi elles la F106 (si on a bien compris), celle du prévenu. Il la partage avec un autre, déjà jugé et condamné : https://www.info-chalon.com/articles/2026/06/16/111286/tribunal-de-chalon-repression-des-livraisons-par-drones-en-prison-de-varennes-le-grand/ 

Le prévenu dit fumer « 10 à 15 par jour », « nonobstant votre incarcération » ajoute la présidente

Celui-ci disait fumer « un joint chaque soir », celui qui se trouve dans le box a dit en fumer « 10 à 15 par jour », « nonobstant votre incarcération » ajoute la présidente. Bon. C’est une réalité, ça, et ce n’est pas que tout le monde s’en fiche, c’est que ça permet sans doute que les accros se tiennent calmes. On n’en sait rien mais il y a forcément un éclairage à cette situation, forcément. Cela dit, le drone, c’est pas possible, donc fouille de ses affaires. On saisit 1,4 gramme de résine de cannabis, 11,78 grammes d’herbe de cannabis, et 4.7 grammes de cocaïne. Le shit, c’est pour lui. La cocaïne, il ne sait pas, c’est pas à lui.

Livraison de 10 cartes SIM et de 5 mini-téléphones

En outre, on saisit 10 cartes SIM et 5 mini-téléphones. L’enquête est confiée à la brigade territoriale autonome (BTA) de Sennecey-le-Grand mais le détenu mis en cause garde le silence. 
A l’audience, il garde le silence aussi. Maître Bouflija le rappelle : « C’est un droit. » Mais y rien à faire, les magistrats le reprochent à ceux qui en usent. Le procureur ne manquera pas d’y voir « un comportement » qui « n’augure rien de bon ».

« Mauvaise foi », « minimise »

Au casier du jeune, 6 condamnations, la plupart au tribunal pour enfant. La dernière par le tribunal correctionnel : 3 ans ferme pour la récidive de détention et transport de stupéfiants. Le procureur sort une fiche de compte-rendu d’incident : le caillebotis (un treillis en acier superposé aux barreaux, destiné à empêcher les yoyos, justement) de cette cellule était en voie d’être scié, et le procureur semble estimer qu’on peut l’imputer à celui-ci et pas à l’autre, sans dire pourquoi.

« Ses quelques déclarations pendant sa garde à vue sont de mauvaise foi, dit le procureur. Il a largement minimisé les faits et a refusé de se soumettre à la prise d’empreintes digitales et de photographies. » Infraction qui s’ajoute à la détention de stupéfiants et au recel de bien provenant d’un délit (remise d’objets à détenu), en récidive. « Son codétenu a été condamné à 2 ans de prison ferme il y a 15 jours. » Le procureur requiert la même peine et demande le transfert du détenu à Bourg-en-Bresse, « où il y a de la place ».

« Entré très tôt dans la délinquance, fut précocement et longuement déscolarisé »

« Ce jeune homme a le droit de garder le silence. Il est entré très tôt dans la délinquance, et fut précocement et longuement déscolarisé, plaide maître Bouflija. Quand on est dans le trafic et qu’on consomme il est très difficile d’en sortir, c’est très compliqué. Sa mère est malade et peu mobile, elle vit à Dijon, et on vous demande son transfert encore plus loin ? Je vous demande d’adapter la peine à la situation de monsieur. La peine requise est trop élevée : une peine sèche sans aucune probation, il a 19 ans ! »

Le tribunal dit le prévenu coupable et le condamne à la peine de 2 ans de prison avec maintien en détention, peine sèche. Le garçon ne dit rien. Muet et bras croisés.

 

* https://www.ccomptes.fr/fr/publications/le-plan-15000-places-de-prison-une-ambition-forte-une-concretisation-laborieuse