Faits divers
TRIBUNAL DE CHALON - Une jeune femme coincée dans des logiques claniques, se dit victime de violences
Par Florence SAINT-ARROMAN
Publié le 07 Juillet 2026 à 21h24
La jeune femme de 22 ans est mère de trois enfants. Elle a épousé leur père, au moins religieusement, et elle vit, à côté de Chalon, dans une maison qui héberge toute la famille de monsieur.
Début avril dernier le commissariat transmet au parquet un procès-verbal selon lequel une femme est venue retirer une plainte, déposée à Metz en février dernier. Elle dit qu'elle est contrainte, par son propre grand-père, à la retirer, mais que ça va.
La plainte est transmise au parquet de Chalon. Madame était partie à Metz dans sa famille, suite à une dispute. Son mari l'avait d'ailleurs laissée sur le bord de la route. Elle était d'abord allée à l'hôpital puis est partie à Metz, chez ses parents. Elle dénonce dans cette plainte, des insultes et des coups, depuis le début de sa relation avec cet homme, né au Kosovo en 2000. Le parquet entend creuser un peu cette histoire.
L'homme est entendu : il n'a jamais rien fait. C'est sa position à l'audience de ce 6 juillet également. Par contre, il soutient, et toute sa famille le prétend aussi, que madame est « violente avec ses enfants ».
En matière de tripot familial on est sur du XXL. Il est question de « clans », entre Kosovo et Serbie, et « d’histoires entre clans ». La famille de madame, serbe, elle, dit qu'elle n'avait pas revu la jeune femme depuis 4 ans.
Le clan rassemblé sous le même toit d’une maison
Ce 6 juillet, l’homme comparaît libre, à l’audience de comparution immédiate. Il était sous contrôle judiciaire avec entre autres une obligation de voir un psychologue, mais, dit-il : « Le psychologue, ça servait à rien, j’en ai pas besoin. » C’est peut-être vrai car vu de loin, on peut penser que le problème, puisque de toute évidence il y en a au moins un, est davantage enraciné dans la vie intrafamiliale de cet homme encore bien jeune, et dont c’était le deuxième mariage, avec une cousine de sa première femme dont il eut un enfant, et alors qu’il vit avec sa jeune épouse et leurs trois enfants, sous le même toit que ses parents à lui, son frère et l’épouse de celle-ci, leurs enfants, ses deux sœurs. Premier enfant qu’il a « abandonné » pour éviter les problèmes. IL travaille mais ne contribue pas à la vie de celui-ci. Problèmes intrafamiliaux, toujours.
« Quand j’entends monsieur dire que tout va bien… Pourquoi est-elle partie trois fois déjà ? »
Maître Lemaire intervient pour la victime, plaide des violences habituelles, psychologiques (insultes, menaces y compris de mort) et physiques (dont une agression avec « le manchon de l’aspirateur » en janvier 2025). « Elle a 8 jours d’ITT et est marquée par un stress intense. Elle veut voir ses enfants, elle est très affectée. Quand j’entends monsieur dire que tout va bien… Pourquoi est-elle partie trois fois déjà ? Elle s’inquiète pour ses enfants. »
Le coup du lapin
« Madame s’est sauvée – du domicile familial, loin de monsieur » commence la procureur. Celle-ci a interrogé le prévenu, pendant l’audience, convaincue que la jeune femme est maltraitée par son mari, lequel est pris dans le filet familial, filet de surcroît maillé serré puisqu’ils vivent tous sous le même toit. Elle explique qu’elle avait demandé que du personnel de l’aide sociale à l’enfance voie les enfants, qu’en conséquence l’ASE s’est rendue au domicile, le 30 avril, accompagnée de la mère des petits et de policiers, qu’on leur a répondu que le père et les enfants étaient « à Montpellier », que vérifications faites, il semble qu’ils étaient en réalité au domicile. « C’est alors le début de la confrontation avec cette famille. J’étais alors de permanence, ça a été très compliqué. »
Ambiance à couteaux tirés
Bref, une demande de mesure éducative en milieu ouvert est en cours, le juge des enfants va être saisi.
De son côté monsieur, par le truchement de son conseil, a déposé une requête : au divorce, il ajoute la demande d’avoir la garde de ses enfants et l’autorité parentale exclusive à son profit… Et la mère dans tout ça ? C’est elle qui est violence avec ses enfants, chante en chœur toute la famille kosovare. C’est pas mal, se dit-on, que la justice se soit saisie de cette histoire parce que, quel que soit le problème, qu’il vienne d’un côté ou de l’autre, l’ambiance est à couteaux tirés et ce n’est pas bon du tout.
Une victime que « tout le monde dégrade » versus « insuffisance d’éléments pour condamner »
« 13 personnes vivent au domicile. Tout le monde nie que madame soit victime et tout le monde la dégrade. On l’accuse de violenter ses enfants ? Mais personne n’a rien fait ! » La procureur relate tout le parcours de cette femme, tous les interlocuteurs, sociaux ou judiciaires à qui elle a raconté son histoire, « et ces professionnels l’ont crue ». A ceci s’ajoute le certificat médical, les constats d’hématomes. « Monsieur n’a aucune considération pour la victime. » La magistrate requiert une peine de sursis probatoire, avec des obligations et interdictions.
Maître Bibard répond tout aussi longuement. Il plaide l’insuffisance d’éléments pour condamner son client. En dépit de quelques termes outranciers, excessifs, vraiment, l’avocat développe ce qui ressort de la procédure : « Je dis qu’à la lecture du dossier, je n’ai pas les éléments qui permettent de… »
Relaxe « sur le plan pénal » mais d’autres services judiciaires sont saisis
Le tribunal, « sur le plan pénal », relaxe le prévenu. L’histoire va se poursuivre devant un juge des enfants et devant un juge aux affaires familiales, et qui sait, peut-être que d’autres éléments interviendront qui permettront au parquet de poursuivre à nouveau. La jeune mère de famille nombreuse n’a que 22 ans, et des logiques de clans la dominent comme elles dominent son mari.
Les clans, qu’ils soient originaires des Balkans, ou français, n’ont pas pour habitude de se référer aux lois en vigueur mais aux règles instituées intramuros (les murs des domiciles). Pour l’institution judiciaire c’est un défi. On a lu quelque part qu’il faut souvent 7 à 8 tentatives de départs aux victimes de violence, pour qu’un jour ça soit le bon.
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