Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - A Louhans, il avait mis le feu à cinq voitures

Cinq d’un coup ! Cinq voitures. Cinq voitures calcinées, sur un parking de Louhans, ce samedi 14 décembre en milieu de matinée. L’auteur est dans le box de la salle des audiences de comparutions immédiates du 16 décembre au TGI de Chalon-sur-Saône. Il a 38 ans. Qu’est-ce qui lui a pris d’aller acheter de l’essence le vendredi pour mettre le feu le lendemain à une voiture précise, dont les flammes ont embrasé les voisines ?

Le tribunal aimerait comprendre, au moins un peu, mais l’insistance de la présidente Verger ne portera pas de fruits. D’hésitant et concis, le prévenu finit par être mutique. Les faits : les pompiers interviennent samedi matin pour éteindre des feux de voitures. Hélas, cinq d’entre elles sont hors d’usage. Des témoins parlent d’un homme de « type antillais ». L’une des victimes se souvient que trois jours avant elle a eu un léger accrochage de voiture, avec un homme d’origine mahoraise lequel a refusé un arrangement amiable, elle avait appelé son mari pour qu’il apporte de quoi faire un constat, mais ça s’était passé dans le calme, dit-elle.

Le silence

On entend le fils du prévenu (un grand ado), et le père finit par reconnaître. La présidente Verger demande alors au prévenu de raconter lui-même sa journée, elle lui arrache les mots. « Pouvez-vous expliquer le lien entre ‘avoir un accrochage’, et se dire qu’on va mettre le feu ? » Silence. « Avez-vous conscience de la gravité de votre passage à l’acte ? » Il fait oui de la tête. « Vous aviez fait un constat, où était le problème ? » Silence. « Et vous emmenez votre fils et il voit son père incendier une voiture, un matin, en plein centre urbain, en se déplaçant avec de l’essence et un briquet ? » Silence. « Je vous laisse la parole, monsieur, il faut vous expliquer, c’est vous qui êtes jugé. » Silence.

« Et votre fils, à votre avis, votre fils, il en pense quoi… ? »

« Si vous n’êtes pas capable d’expliquer ou d’exprimer des regrets… Un individu comme vous, en liberté, ça fait peur. » Le prévenu, penché en avant, les coudes appuyés sur ses genoux, ouvre alors la bouche et dit : « Je regrette beaucoup. » La présidente enchaîne : « Et votre fils, à votre avis, votre fils, il en pense quoi, que son père soit en détention provisoire pour avoir mis le feu ? » Silence. « En audition, vous avez dit : mon fils me demandait d’arrêter, ‘papa, arrête tes conneries’, je ne l’ai pas écouté. » Silence. Maître Marceau, son avocat, lui demande s’il se sentait dans son état normal. Réponse : « Oui. »

« J’ai économisé sou à sou pendant un an et demi pour m’acheter ma voiture »

Il travaille en usine et en CDD. Il était en couple, il ne l’est plus. Son avocat expliquera que son ex sollicite de lui des relations (dont est né un enfant cette année), mais sans autre perspective. Il vit à Digoin, et son ex-compagne à Louhans. Trois de ses victimes viennent à la barre exposer leurs préjudices. « J’élève seule mes enfants, j’ai économisé sou à sou pendant un an et demi pour m’acheter ma voiture. Et je n’en ai plus. Et je dois aller travailler… Il va falloir prendre un crédit. » Le poids du préjudice va bien au-delà du prix des voitures, bien sûr.

« Il avait prémédité de se venger »

« Si à chaque fois qu’il gère une contrariété par un passage à l’acte, on peut s’inquiéter. Et il avait prémédité de se venger, il avait acheté l’essence la veille. » Aline Saenz-Cobo, vice-procureur, requiert 9 mois de prison dont 4 assortis d’un sursis mise à l’épreuve, et un mandat de dépôt pour la partie ferme. Elle requiert également une interdiction de paraître à Louhans, « les victimes n’ont pas envie de le croiser ». Assises au premier rang, les victimes acquiescent en hochant la tête.

« Une vie chaotique », des problèmes « sociaux et familiaux »

Maître Marceau plaide « une vie chaotique », des problèmes « sociaux et familiaux », et une colère qui se serait « cristallisée » sur ce différend récent et mineur. « Il est arrivé il y a presque 20 ans et il s’est intégré mais il a une vie sociale qui lui pèse, c’est quelqu’un qui va mal ». L’avocat évoque l’hypothèse d’une « décompensation psychotique », « on ne sait même pas si c’était bien son fils qui était avec lui. Il a besoin d’une écoute active d’un professionnel. Les réquisitions sont cocasses : il faut le soigner, mais en prison. La prison est-elle un vecteur de soins efficace ? »

Renvoi pour expertise psychiatrique

Le tribunal ne s’estime pas assez informé sur l’état du prévenu pour le juger correctement, il renvoie le jugement au 6 janvier et ordonne une expertise psychiatrique. Il ordonne également le maintien en détention du prévenu pour prévenir tout nouveau passage à l’acte.

Florence Saint-Arroman

Les victimes ne comprennent pas. La présidente Verger leur explique que la décision du tribunal ne change rien pour elles puisqu’elles demandent un renvoi sur intérêt civil, car leurs préjudices ne sont pas encore exactement chiffrés.

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