Chalon sur Saône
Séance de dédicaces avec Didier Cornaille, chez Gibert Joseph Chalon : rencontre avec un personnage haut en couleurs
Publié le 13 Septembre 2015 à 16h50
Samedi dernier, la librairie Gibert Joseph accueillait l’écrivain d’Anost (71), Didier Cornaille, pour une séance de dédicaces, à laquelle assistait Info-Chalon. Retour sur une rencontre avec un personnage haut en couleurs.
Pour être tout à fait franc, l’auteur de ces lignes appréhendait un peu de se retrouver face à Didier Cornaille lors de la séance de dédicaces qui a eu lieu ce samedi 12 septembre, dans les locaux de la librairie Gibert Joseph de Chalon-sur-Saône. En effet, il n’était pas tout à fait sûr que « le Didier » ait particulièrement goûté le ton de l’article qu’il avait fait paraître sur votre site d’information en ligne préféré, pour annoncer sa venue à Chalon et vous toucher quelques mots de son dernier roman [1]. Bref, il craignait quelque peu de se prendre une avoinée de la part de l’auteur de L’atelier de Capucine.
Cependant, en lieu et place de l’accueil glacial auquel il s’attendait, c’est avec un large sourire et une entrée en matière plutôt sympa que Didier Cornaille a reçu votre serviteur : « Non seulement vous avez lu mon livre, mais, en plus, vous l’avez compris ! Ce n’est pas le cas de tous les journalistes qui, souvent, ne lisent pas les livres dont ils parlent et se contentent, pour signaler leur parution, d’arranger à leur sauce le communiqué que leur a envoyé la maison d’éditions et, parfois, de propager les conneries qui peuvent se trouver dans ce dernier. »
Franc du collier, Didier Cornaille ? Ça, c’est le moins que l’on puisse dire… Il n’y va pas par quatre chemins, le gars du Morvan. C’est un peu « une boisson d’homme », pour parler comme Lino Ventura dans une scène mythique des Tontons flingueurs. Un rustique.
Un rustique, oui, mais pas un rustre. En effet, pour asséner ce genre de remarques bien senties sur les journalistes d’aujourd’hui, Didier Cornaille ne se contente pas de laisser parler sa nature, entière et brute de décoffrage. Il tire à sa manière les conclusions d’une longue expérience, celles procurées par un métier qu’il a longtemps exercé : le métier de journaliste.
Un ancien journaliste local
Car avant de devenir romancier, Didier Cornaille a été journaliste. « Pour un tas de journaux mais jamais, comme vous l’avez écrit, pour La France agricole, ah ah ah ! » [NDLR : Tiens, prends ça le gars d’Info-Chalon, ça t’apprendra à écrire des conneries…]. « Pour Le Figaro ainsi que pour Le Progrès », un quotidien local que l’on trouvait encore dans notre département à la fin des années 1980, avant que celui ne fusionne avec Le Courrier de Saône-et-Loire et l’édition de Saône-et-Loire du Dauphiné libéré pour donner naissance à l’actuel Journal de Saône-et-Loire.
Journaliste pour Le Progrès, Didier Cornaille venait d’ailleurs souvent à Chalon-sur-Saône, plus exactement au local de l’agence, située place de la République et « dirigée alors par un chef qui marqué son époque ». Une époque où il faisait bon être journaliste, « parce qu’on était beaucoup plus libres qu’aujourd’hui, qu’il n’y avait pas Internet et toutes ces nouvelles technologies qui permettent à un rédacteur en chef de vous suivre à la trace en temps et en heure, vous contraignent à toujours rendre compte. »
Un nouveau roman, prévu pour avril 2016
Journaliste de métier, qu’il ne regrette nullement d’avoir exercé, c’est, à l’écouter, un peu par hasard qu’il est devenu écrivain et romancier. Quand une maison d’éditions l’a démarché pour qu’il écrive son premier bouquin. Un hasard qui a bien fait les choses puisque, depuis, il n’a plus cessé d’écrire essais et romans [2], notamment celui qui a tant plu à votre serviteur : L’atelier de Capucine. Et à écouter Didier Cornaille, il est loin de raccrocher. En effet, son prochain roman, Pardon Clara, qui raconte l’histoire d’une enfant juive adoptée par des gens du Morvan et horrifiée de constater que les horreurs survenues durant la Seconde Guerre mondiale n’ont pas empêché une nouvelle montée en puissance de la xénophobie et du racisme, devrait sortir en avril 2016.
« L’atelier de Capucine », vu par son auteur
Profitant de ce qu’il avait une occasion en or de discuter avec lui de son dernier roman, votre serviteur n’a bien évidemment pas pu s’empêcher de harceler de questions Didier Cornaille, qui ne s’est pas fait prier pour se livrer. « Ce que j’ai voulu faire avec ce roman ? Vous l’avez bien senti, c’est dénoncer le consumérisme, le culte de l’argent. Cet argent qui, admettons-le toutefois, sera toujours là. D’où la fin du roman qui, c’est vrai, donne l’impression d’une drôle de victoire. Comme toute victoire, qui porte en elle la récupération ».
A propos du « syndrome de la résidence secondaire »
Interpellé, lors de la lecture de L’atelier de Capucine, par ce qui semblait être un concept propre à Didier Cornaille, Info-Chalon a évidemment voulu en savoir plus. Bonne pioche. En effet, derrière cette expression un peu mystérieuse, se cachait en réalité une très intéressante analyse de Didier Cornaille : « Le syndrome de la résidence secondaire, c’est ma façon à moi de désigner un phénomène toujours très prégnant dans certains régions rurales : celui que j’appelle le faux retour à la terre, c’est-à-dire cette tendance qu’ont eu de nombreux citadins ou urbains à acheter et retaper des maisons dans des petits villages de campagne, ceci pour y vivre par intermittence, sans jamais vraiment chercher à comprendre l’organisation sociale et locale dans laquelle ils venaient mettre les pieds. Ce qui a sérieusement mis à l’épreuve cette organisation et rompu un certain équilibre, accéléré l’exode des résidents primaires vers les villes, donc contribué à dépeupler les campagnes. Fort heureusement, tout ça est en train de changer. Aujourd’hui, les gens qui viennent s’installer, souvent des jeunes, s’installent aussi avec leur travail, comme Bastien, l’un des personnages principaux de ‘‘L’atelier de Capucine’’, qui traduit à distance des ouvrages pour une maison d’éditions parisienne, grâce à Internet et aux nouvelles technologies. Ça change car, contrairement à ce que j’appelle les « résidents secondaires », ces nouveaux arrivants-là ne donnent pas à penser aux autochtones qu’ils n’ont plus rien à faire dans leur propre village et qu’il ne leur reste donc plus qu’à partir, s’exiler, notamment pour des centres plus urbains. Ces nouveaux arrivants-là, certes, se retrouvent d’abord entre eux mais, très vite, ils cherchent à entrer en contact avec les locaux. Au final, il y a une sorte de symbiose et le village revit, sans toutefois demeurer enfermé sur lui-même comme ce pouvait hélas être le cas dans le temps. Ainsi, on voit réapparaître un phénomène proche des fameuses veillées, quand on se retrouvait le soir entre voisins, plutôt que de rester seuls ou en famille devant la télé. On voit même, c’est le cas pour Anost, le village où j’habite, la courbe démographique s’inverser. Si bien qu’au final, la campagne ne semble plus sur le point de mourir à petit feu, reprend vie. Quelque chose de remarquable, positif. »
S.P.A.B.
[1] Voir l’article d’Info-Chalon :
[2] Voir, pour plus de précisions, le site de Didier Cornaille :
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